Bruxelles durcit son arsenal de sanctions contre les deux camps qui s’affrontent au Soudan. En interdisant l’importation de l’or soudanais et en bloquant l’accès aux produits chimiques essentiels à son extraction, l’Union européenne cherche à frapper au cœur les circuits financiers qui alimentent la guerre entre l’armée régulière et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF).
L’Union européenne franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de pression sur les acteurs du conflit soudanais. Bruxelles a adopté de nouvelles mesures visant à empêcher l’achat, le transfert et l’importation d’or en provenance du Soudan. En parallèle, les Vingt-Sept ont interdit la vente, la fourniture, le transfert et l’exportation vers le pays de mercure et de cyanure, deux substances largement utilisées dans l’extraction et le traitement du métal précieux.
L’or, une ressource stratégique au cœur de l’économie de guerre
Cette offensive réglementaire s’inscrit dans un régime de sanctions destiné à réduire les capacités financières des deux principales forces engagées dans le conflit : les Forces armées soudanaises (SAF), dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide (RSF) du général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemedti ».
Depuis le début des affrontements en avril 2023, l’or est devenu l’une des principales sources de financement des acteurs armés. Le métal précieux, extrait dans plusieurs régions du pays, représente une manne considérable pour les groupes qui contrôlent les zones minières ou les circuits de commercialisation.
Pour les autorités européennes, cette richesse minière alimente directement la prolongation du conflit en permettant aux belligérants de financer leurs opérations militaires, d’acheter des équipements et de maintenir leurs réseaux d’influence.
Le commerce de l’or soudanais repose toutefois largement sur des circuits informels. Une partie importante de la production serait acheminée clandestinement vers des pays de transit, notamment dans le Golfe, où elle peut être raffinée avant d’être réintroduite dans les circuits internationaux.
Une tentative de casser les réseaux de financement du conflit
En ciblant simultanément l’or brut et les produits nécessaires à son extraction, l’Union européenne veut agir sur plusieurs maillons de la chaîne.
L’objectif est de rendre plus difficile l’exploitation des ressources minières par les groupes armés et de limiter leur capacité à transformer cette richesse en moyens militaires.
Cette approche s’inscrit dans une tendance plus large de lutte contre les « minerais de conflit », où les puissances internationales cherchent à empêcher que certaines ressources naturelles deviennent des instruments de financement des guerres.
Mais l’efficacité de ces mesures dépendra largement de la capacité des acteurs internationaux à contrôler les circuits parallèles. La porosité des frontières régionales, l’importance du commerce informel et le rôle de certains marchés extérieurs pourraient limiter l’impact réel des sanctions.
Le Soudan plongé dans une crise humanitaire majeure
Derrière la bataille économique autour de l’or se trouve une catastrophe humaine qui continue de s’aggraver.
Après plus de trois années de guerre, le Soudan fait face à l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Des millions de personnes ont été déplacées, les infrastructures essentielles se sont effondrées et plusieurs régions sont menacées par la famine.
Les deux camps sont accusés d’exactions contre les populations civiles, notamment de crimes de guerre et de violations massives des droits humains.
Pour Bruxelles, la réduction des ressources financières disponibles pour les forces armées constitue donc un levier diplomatique destiné à favoriser une sortie de crise. Mais la question demeure : un embargo économique peut-il réellement faire reculer des acteurs engagés dans une guerre dont les enjeux dépassent désormais largement le contrôle des seules ressources minières ?
En frappant l’or soudanais, l’Union européenne vise le carburant économique du conflit. Reste à savoir si cette pression suffira à convaincre les belligérants de déposer les armes.
La Rédaction

