Le Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS) alerte sur la vulnérabilité croissante des communautés côtières du golfe de Guinée. À Orimedu, au Nigeria, la montée des eaux, la dégradation des sols et les pressions humaines accélèrent le recul du littoral, menaçant directement les habitations, les activités de pêche et l’équilibre social d’un village déjà fragilisé par la crise climatique.
Urgence climatique au cœur du golfe de Guinée
Le constat dressé par les Nations unies est préoccupant : les zones côtières africaines figurent parmi les territoires les plus exposés aux conséquences du changement climatique. Au Nigeria, l’érosion du littoral transforme progressivement le paysage et bouleverse les modes de vie des populations installées depuis plusieurs générations au bord de l’océan.
À Orimedu, communauté de pêcheurs située sur la façade maritime du pays, la mer avance inexorablement. Le recul du trait de côte ne représente plus une menace lointaine : il affecte déjà les espaces essentiels à la vie quotidienne. Les zones de débarquement des pirogues, les lieux de réparation des filets et les espaces de travail traditionnels disparaissent progressivement sous l’effet des vagues.
« Nous nous endormons avec la peur au ventre et nous nous réveillons avec la même peur, car nous ne savons pas quand la mer va engloutir notre communauté. Chaque jour, elle se rapproche un peu plus de nous », témoigne Mary Mensah, commerçante à Orimedu.
Pour les habitants, l’érosion côtière n’est pas seulement une question environnementale. Elle menace directement une économie locale fondée sur la pêche artisanale et pourrait contraindre une partie de la population à quitter ses terres, faisant émerger le risque de déplacements liés au climat.
L’UNOPS pointe une accumulation de facteurs aggravants
Selon le Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), plusieurs phénomènes expliquent l’accélération de cette fragilisation du littoral nigérian. L’élévation du niveau des mers liée au réchauffement climatique, la multiplication des épisodes de fortes précipitations, l’instabilité des sols sableux ainsi que certaines transformations humaines du littoral renforcent la vulnérabilité des villages côtiers.
Dans le golfe de Guinée, cette combinaison de facteurs crée une situation particulièrement complexe. Les communautés doivent faire face à une menace permanente alors qu’elles disposent souvent de moyens limités pour anticiper ou ralentir la progression de la mer.
Pour les Nations unies, le cas d’Orimedu illustre un défi plus large qui concerne plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest : protéger les territoires côtiers tout en permettant aux populations locales de conserver leurs moyens de subsistance.
La recherche scientifique au service des communautés
Face à cette urgence, des initiatives cherchent à rapprocher la recherche scientifique des réalités vécues par les habitants. Une exposition itinérante a ainsi été présentée à Orimedu afin de partager les résultats d’un programme consacré à l’adaptation des communautés du golfe de Guinée face au changement climatique.
Le projet, financé par le Salata Institute for Climate and Sustainability de l’Université Harvard, est dirigé par Gareth Doherty, spécialiste de l’architecture paysagère à l’Université nationale de Singapour. Il analyse les conséquences de l’érosion côtière dans plusieurs pays, notamment au Nigeria, au Ghana et en Côte d’Ivoire.
À travers des photographies, des témoignages et des propositions d’aménagement, l’exposition tente de rendre visibles les transformations rapides des territoires côtiers et d’ouvrir un dialogue entre chercheurs, habitants, organisations locales et décideurs publics.
« Nous avons passé beaucoup de temps au sein de communautés comme celle-ci, le long du littoral du golfe de Guinée, à recueillir les témoignages des habitants sur les conséquences concrètes de l’érosion côtière au quotidien », explique Gareth Doherty.
Selon le chercheur, aucune réponse unique ne permettra de résoudre cette crise. L’adaptation nécessite une approche coordonnée associant les connaissances scientifiques, les initiatives communautaires et les politiques publiques.
Les solutions fondées sur la nature comme première ligne de défense
À Orimedu, les habitants tentent déjà de développer leurs propres stratégies pour ralentir l’avancée de la mer. La communauté mise notamment sur des solutions fondées sur la nature, comme la plantation de végétation côtière capable de stabiliser les sols et de réduire l’impact des vagues.
Le chef local Ayensu Nana-Kofi souligne l’importance de ces initiatives. « Il nous a appris à lutter contre l’érosion côtière en plantant des cocotiers et des herbes pour ralentir l’avancée de la mer et empêcher l’érosion d’atteindre notre village », affirme-t-il.
Ces efforts restent toutefois fragiles face à l’ampleur du phénomène. Des espaces autrefois éloignés du rivage se retrouvent désormais exposés directement aux assauts de l’océan.
« Les endroits où nous réparions nos filets et où nous amenions nos pirogues se rapprochent dangereusement de l’océan. Nous sommes inquiets, car les maisons pourraient bientôt être touchées », alerte le responsable communautaire.
Un littoral de 2 300 kilomètres sous pression
L’enjeu dépasse largement le seul village d’Orimedu. Les recherches menées dans le golfe de Guinée portent sur un espace côtier de plus de 2 300 kilomètres, couvrant plusieurs pays confrontés aux mêmes défis environnementaux.
Du Nigeria au Ghana en passant par la Côte d’Ivoire, la question est désormais celle de l’adaptation d’un vaste territoire où vivent des millions de personnes. Pour les Nations unies, la réponse ne peut se limiter à des interventions ponctuelles : elle doit intégrer une planification durable des zones côtières et une meilleure anticipation des risques climatiques.
À Orimedu, l’érosion rappelle une réalité devenue mondiale : face à la montée des eaux, les premières victimes sont souvent les communautés qui ont le moins contribué au dérèglement climatique mais qui en subissent les conséquences les plus directes.
La Rédaction

