À Lomé, le lancement d’un programme régional doté de 60 millions d’euros ouvre une nouvelle séquence pour l’élevage en Afrique de l’Ouest et au Sahel. L’objectif : transformer une richesse animale considérable en une filière économique structurée, capable de répondre aux défis alimentaires, climatiques et sécuritaires qui fragilisent les territoires pastoraux.
Lomé – Le pastoralisme au cœur d’une nouvelle stratégie régionale
Longtemps considéré comme une activité traditionnelle dépendante des cycles naturels, l’élevage pastoral s’impose désormais comme un enjeu stratégique pour l’avenir économique et alimentaire de l’Afrique de l’Ouest.
Avec plus de 112 millions de bovins, 170 millions d’ovins et 224 millions de caprins, la région dispose de l’un des plus importants bassins d’élevage du continent. Cette richesse représente un potentiel économique majeur, mais reste encore confrontée à des obstacles qui limitent sa pleine contribution au développement.
C’est pour répondre à ces défis que le Programme régional d’appui au développement de l’économie pastorale en Afrique de l’Ouest et au Sahel (PRADEP-AOS) a été officiellement lancé à Lomé.
Soutenu financièrement par l’Union européenne à hauteur de 60 millions d’euros sur la période 2025-2030, ce programme couvrira treize pays : le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, le Tchad et le Togo.
Un secteur économique majeur face à des vulnérabilités croissantes
Dans plusieurs pays sahéliens, l’élevage constitue un pilier essentiel de l’économie rurale. Il représente en moyenne 36 % du PIB agricole et fait vivre directement ou indirectement des millions de personnes, des éleveurs aux acteurs des chaînes de transformation et de commercialisation.
Malgré son poids économique, le secteur demeure fragile. Les éleveurs évoluent dans un environnement marqué par la pression climatique, la réduction progressive des espaces pastoraux et la raréfaction des ressources en eau.
La dégradation des terres, amplifiée par les effets du changement climatique, bouleverse les équilibres traditionnels de transhumance. Dans plusieurs zones, la compétition autour des pâturages et des points d’eau alimente également des tensions entre communautés agricoles et pastorales.
À ces contraintes environnementales s’ajoute une dimension sécuritaire. Dans certaines régions du Sahel, l’instabilité et la présence de groupes armés compliquent les déplacements des troupeaux et fragilisent les moyens de subsistance des populations rurales.
Faire du pastoralisme une filière économique structurée
À travers le PRADEP-AOS, l’ambition est de dépasser une approche limitée au soutien aux éleveurs pour construire une véritable économie pastorale régionale.
Le programme entend renforcer l’organisation des filières, améliorer les services dédiés à la santé animale, faciliter l’accès aux marchés et accompagner une gestion plus durable des ressources naturelles.
L’objectif est également de favoriser une meilleure intégration régionale, dans une zone où les échanges de bétail entre pays constituent depuis longtemps un moteur économique important.
En renforçant les capacités des acteurs locaux, le projet cherche à faire de l’élevage un instrument de développement, mais aussi un facteur de stabilité dans des territoires souvent confrontés à la pauvreté et aux effets combinés des crises climatiques et sécuritaires.
Un enjeu de souveraineté alimentaire pour la région
Au-delà des considérations économiques, la modernisation du pastoralisme répond à un défi majeur : celui de la sécurité alimentaire.
Alors que la croissance démographique accroît la demande en protéines animales, les pays d’Afrique de l’Ouest doivent renforcer leurs capacités de production tout en préservant les équilibres environnementaux.
Le défi consiste désormais à concilier productivité, mobilité pastorale et protection des écosystèmes. Une équation complexe dans une région où l’élevage repose encore largement sur des pratiques adaptées aux réalités locales.
Le développement de nouvelles infrastructures, l’amélioration des services vétérinaires et l’accompagnement des producteurs apparaissent ainsi comme des conditions essentielles pour sécuriser l’avenir de la filière.
Le pari d’une nouvelle économie pastorale africaine
Avec le PRADEP-AOS, l’Union européenne accompagne une transformation profonde du modèle pastoral ouest-africain. L’enjeu n’est plus seulement de préserver un mode de vie ancestral, mais de construire une filière capable de contribuer davantage à la croissance, à l’emploi et à la résilience des territoires.
Dans un Sahel soumis à des bouleversements multiples, l’élevage apparaît comme un secteur stratégique où se croisent les défis du développement, de la sécurité alimentaire et de la stabilité régionale.
La réussite de cette initiative dépendra toutefois de la capacité des États à coordonner leurs politiques, à sécuriser les espaces pastoraux et à garantir que les bénéfices de cette richesse animale profitent réellement aux populations qui en dépendent.
La Rédaction

