À Sokodé, le déploiement d’un nouveau programme de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) amorce une phase cruciale de diagnostic des réseaux hydriques. Financée par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie dans le cadre de la coopération décentralisée, cette initiative ambitionne de refonder la gouvernance de la ressource dans la région Centrale sur des bases scientifiques et durables.
La science avant l’infrastructure : le pari de la planification
Le lancement du Programme d’appui à la gestion intégrée des ressources en eau marque un tournant méthodologique majeur dans la conduite des politiques publiques environnementales au Togo. Déployé à Sokodé, ce dispositif rompt avec les interventions purement curatives pour imposer une démarche empirique et progressive, où l’ingénierie technique est rigoureusement subordonnée à une cartographie exhaustive des réalités locales.
L’enveloppe budgétaire allouée à cette phase d’amorce, chiffrée à 147 000 euros, est intégralement portée par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie (AESN), opérateur public français de référence. S’étendant sur le biennal 2026-2027, ce premier volet se concentrera sur l’établissement d’un audit systémique : modélisation de la disponibilité de la ressource, état de vétusté des infrastructures, pressions anthropiques et évaluation des modèles de gestion actuels.
Le bassin versant comme unité stratégique de gouvernance
Le cœur conceptuel de ce programme repose sur le paradigme de la gestion par bassin versant. Cette approche décentralisée, éprouvée de longue date dans les pays de l’OCDE, consiste à transcender les frontières administratives traditionnelles pour appréhender le cycle de l’eau dans sa continuité naturelle et ses différents usages (agricoles, domestiques, industriels).
Dans la région Centrale, le défi revêt une double dimension : manier la donnée, en développant une connaissance fine et quantitative des aquifères et cours d’eau, et décloisonner les compétences, en harmonisant la coordination entre les ministères sectoriels, les municipalités et les comités de gestion communautaires, souvent fragmentés.
L’expertise de l’AESN : un levier de diplomatie environnementale
Placée sous la double tutelle des ministères français de la Transition écologique et de l’Économie, l’Agence de l’Eau Seine-Normandie déploie depuis plus de trois décennies un savoir-faire reconnu en matière de solidarité internationale. Sa doctrine ne repose pas sur une simple aide financière passive, mais sur un transfert de compétences institutionnelles et de gouvernance à destination de territoires confrontés à des stress hydriques structurels.
Le chiffre clé : l’AESN consacre chaque année environ 15 millions d’euros à sa politique de coopération internationale, ciblant prioritairement l’Afrique subsaharienne (Burkina Faso, Sénégal, Niger, Madagascar).
Cette projection au Togo s’inscrit dans cette trajectoire partenariale, transposant les mécanismes de régulation du bassin de la Seine aux spécificités des écosystèmes ouest-africains.
Rationaliser les investissements face au défi climatique
Au-delà de sa dimension purement analytique, ce diagnostic se veut un outil d’aide à la décision avant le déploiement de futurs investissements structurels. En clarifiant les vulnérabilités du territoire, les autorités togolaises et leurs partenaires entendent rationaliser l’allocation des fonds publics et éviter l’écueil des projets pilotes sans lendemain.
Dans un contexte sahélien et sub-sahélien exacerbé par le dérèglement climatique et une forte poussée démographique, cette démarche prospective s’impose comme un prérequis indispensable pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable et fortifier la résilience économique de la région.
La Rédaction

