Face aux exigences des marchés régionaux et aux crises sanitaires interconnectées, le Togo abandonne la gestion fragmentée du contrôle des denrées. Décryptage d’une mue institutionnelle qui calque ses normes sur les standards globaux.
Pendant des décennies, inspecter une assiette au Togo relevait d’un exercice administratif éclaté. Le ministère de la Santé surveillait les intoxications, celui de l’Agriculture s’assurait de la santé du bétail, tandis que l’Environnement gérait les sols en vase clos. Cette époque est en passe d’être révolue. Sous la pression conjointe des exigences d’exportation de la ZLECAF et de la récurrence des crises sanitaires, Lomé opère un virage doctrinal majeur en adoptant le paradigme « One Health » (Une seule santé). Un choix qui n’a rien de symbolique : il s’agit de transformer la vigilance sanitaire en un levier d’attractivité macroéconomique.
Briser les silos : La révolution « One Health »
La vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement modernes ne tolère plus les frontières administratives. L’interdépendance avérée entre l’utilisation des intrants chimiques dans les champs, les pathologies zoonotiques dans les élevages et la santé du consommateur final impose une vision holistique.
En interconnectant les bases de données et les protocoles de surveillance de ses différents ministères, le gouvernement togolais crée une structure transversale. Ce filet de sécurité unique permet de remonter la piste d’une contamination bien avant que le produit n’atteigne les marchés de Lomé ou de Kara. Cette démarche s’aligne directement sur les protocoles du Codex Alimentarius, condition sine qua non pour rassurer les bailleurs et sécuriser les investissements privés dans l’agrobusiness.
Schéma de fonctionnement intégré
| Maillon de la chaîne | Fonction | Objectif du dispositif One Health |
| Amont agricole | Production et usage des intrants | Réduction des risques chimiques et biologiques |
| Transformation | Traitement et conditionnement | Contrôle qualité et conformité sanitaire |
| Distribution | Mise sur les marchés | Sécurisation du consommateur final |
| Système intégré | Coordination intersectorielle | Traçabilité et détection précoce des risques |
De la réaction à la standardisation scientifique
Historiquement, le contrôle des denrées en Afrique de l’Ouest a souvent souffert d’un positionnement purement réactif : on intervenait après la crise. La nouvelle feuille de route togolaise inverse cette logique en misant sur l’évaluation scientifique des risques en amont.
Le déploiement de guides d’inspection unifiés et le durcissement des conditions d’obtention des Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) répondent à un double objectif :
Sanctionner les circuits informels de contrefaçon alimentaire qui menacent la santé publique.
Professionnaliser les PME locales en leur offrant un cadre normatif clair, prévisible et calqué sur les exigences internationales.
Le bras armé de l’expertise : Le LaNSA
Dans cette configuration, le Laboratoire National de Sécurité Sanitaire des Aliments (LaNSA) change de dimension. Il ne s’agit plus seulement d’analyser des échantillons suspects, mais de devenir un hub de certification capable de délivrer des labels d’exportation incontestables, réduisant ainsi le taux de rejet des produits togolais aux frontières européennes et régionales.
L’horizon d’une Agence Unique : Le saut qualitatif
L’évolution naturelle de cette refonte systémique pointe vers un arbitrage politique attendu : la centralisation définitive de toutes les compétences de contrôle au sein d’une entité autonome unique.
Une Agence Nationale de Sécurité Sanitaire permettrait de supprimer les doublons budgétaires et de clarifier les lignes de commandement en cas d’alerte épidémiologique. Pour les industriels de l’agroalimentaire, cette simplification administrative éliminerait le parcours du combattant actuel face aux multiples inspections ministérielles. En devenant le point focal unique du pays, cette future structure donnerait au Togo une voix beaucoup plus forte lors des négociations sur les barrières phytosanitaires au sein de la CEDEAO.
À l’heure où Lomé ambitionne de devenir un hub logistique majeur en Afrique de l’Ouest, la maîtrise absolue de la traçabilité de ses flux alimentaires n’est plus une option. C’est le prérequis non négociable de sa crédibilité commerciale.
La Rédaction

