Alors que la campagne agricole 2026 est déjà engagée dans plusieurs localités du pays, les producteurs de maïs tirent la sonnette d’alarme. Confrontés à d’importants volumes de récoltes invendues issus de la précédente campagne, ils appellent les autorités à prendre des mesures urgentes afin d’éviter une dégradation de la production au cours des prochains mois.
Selon le président national de la filière maïs, Charles Deandema, la situation fragilise la capacité financière de nombreux producteurs au moment même où les investissements liés aux labours, aux semis et aux intrants devraient s’accélérer. Une partie importante des récoltes demeure stockée dans les magasins faute de débouchés suffisants, immobilisant des ressources indispensables au lancement de la nouvelle saison.
Des milliers de tonnes encore en stockage
La problématique dépasse les difficultés individuelles et touche plusieurs bassins de production. D’après les estimations de la filière, les stocks invendus atteignent des niveaux particulièrement élevés dans certaines régions.
Dans la région de la Kara, plus de 4 000 tonnes de maïs seraient encore conservées dans les entrepôts. Dans la région des Savanes, les volumes dépasseraient 10 000 tonnes. Cette accumulation de stocks exerce une pression croissante sur la trésorerie des producteurs et complique leur accès au financement.
Pour les acteurs du secteur, cette situation intervient à un moment sensible du calendrier agricole, alors que les opérations de préparation des sols et de semis devraient déjà être largement engagées, notamment dans les régions septentrionales qui ne disposent que d’une seule saison culturale.
Trois pistes avancées pour soutenir la filière
Face à cette situation, les responsables de la filière plaident pour une implication renforcée des pouvoirs publics afin de fluidifier le marché et soutenir les revenus agricoles.
La première proposition concerne l’activation des unités de production de provende afin de créer une demande susceptible d’absorber une partie des stocks disponibles. Une telle mesure pourrait également bénéficier aux filières d’élevage utilisant le maïs dans l’alimentation animale.
Les producteurs suggèrent également un renforcement des facilités d’exportation vers les marchés voisins. L’ouverture de nouveaux débouchés commerciaux permettrait d’écouler plus rapidement les surplus de production tout en améliorant les perspectives de revenus des exploitants.
Enfin, les acteurs de la filière appellent à une clarification du rôle de l’Agence de Transformation Agricole (ATA) aux côtés de l’Agence nationale de la sécurité alimentaire du Togo (ANSAT), dans un contexte où plusieurs infrastructures de stockage ont été déployées à proximité des Zones d’aménagement agricole planifiées (ZAAP).
L’agroparc de Broukou attendu comme levier de transformation
Parmi les solutions évoquées figure également l’accélération du projet d’agroparc de Broukou, dans la région de la Kara. Les professionnels du secteur estiment que cette infrastructure pourrait contribuer à renforcer la transformation locale des productions agricoles, à absorber davantage de matières premières et à créer de nouveaux débouchés pour les producteurs.
Au-delà de la question des stocks, la filière souligne l’enjeu stratégique que représente la valorisation locale du maïs dans la construction de chaînes de valeur agricoles plus résilientes et plus compétitives.
La Rédaction

