Portée par l’essor spectaculaire de l’aquaculture, la production mondiale issue des mers, des fleuves et des étangs a atteint un sommet inédit. Mais derrière cette performance statistique, la FAO alerte sur des fractures géographiques persistantes et l’ombre croissante du chaos climatique.
L’économie bleue mondiale change d’échelle. Présenté lors de la 11e Conférence « Notre Océan » à Mombasa (Kenya), le rapport SOFIA 2026 de la FAO dresse le constat d’un secteur désormais central dans les équilibres alimentaires mondiaux.
En 2024, la production halieutique et aquacole mondiale atteint 235 millions de tonnes, un record historique. Sur ce total, 195 millions de tonnes sont destinées à la consommation humaine et aux circuits de transformation. Cette dynamique confirme le rôle croissant des produits aquatiques dans la réponse à la demande mondiale en protéines.
Le basculement structurel : l’aquaculture devient le moteur du secteur
Le rapport 2026 consacre une transformation majeure : l’aquaculture dépasse désormais la pêche de capture en volume et en dynamique de croissance.
Pour la première fois, la production aquacole franchit le seuil des 103 millions de tonnes, soit 53 % de la production mondiale d’animaux aquatiques. Elle devient ainsi la principale source d’approvisionnement du secteur.
La pêche de capture, elle, atteint environ 92 millions de tonnes. Elle reste globalement stable depuis la fin des années 1980, oscillant dans une fourchette étroite qui reflète les limites biologiques des écosystèmes marins. Autrement dit, la croissance du secteur repose désormais presque entièrement sur l’aquaculture.
Un secteur stratégique au poids économique et social massif
Au-delà des volumes, la FAO souligne l’importance systémique de cette économie :
Près de 89 % de la production aquatique est destinée à l’alimentation humaine, contribuant à environ 20 % des apports en protéines animales pour plus de 3,1 milliards de personnes.
Le secteur constitue également un pilier social majeur, faisant vivre directement ou indirectement plus de 600 millions de personnes à travers le monde.
Sur le plan commercial, les produits aquatiques génèrent environ 184 milliards de dollars d’échanges internationaux, illustrant l’intégration profonde des chaînes de valeur mondiales. Plus d’un tiers de la production transite par le commerce international avant consommation.
Fracture géographique : un déséquilibre persistant entre continents
Derrière les performances globales, les inégalités d’accès demeurent fortes.
En Asie, la consommation moyenne atteint environ 26 kilogrammes par habitant et par an, contre seulement 9 kilogrammes en Afrique. Cette différence illustre un écart structurel lié aux infrastructures, à la transformation locale et aux chaînes du froid encore insuffisantes sur le continent africain.
Le défi climatique : une pression croissante sur les ressources
La FAO met en garde contre les impacts du changement climatique, de la pollution et des tensions géopolitiques sur les écosystèmes aquatiques.
Selon les projections, la biomasse de poissons exploitables pourrait diminuer de plus de 10 % d’ici 2050 dans certaines régions si les tendances actuelles se poursuivent. Cette évolution fragiliserait directement la sécurité alimentaire mondiale.
Pour y répondre, l’organisation promeut la « Transformation bleue », une stratégie visant à moderniser l’aquaculture, renforcer la gouvernance des pêches et lutter contre la pêche illégale et non réglementée.
Une transition encore incomplète
Le rapport souligne enfin une réalité centrale : malgré les progrès techniques et la montée en puissance de l’aquaculture, la sécurité alimentaire mondiale reste fortement dépendante de la stabilité des océans.
La FAO insiste sur la nécessité d’une approche intégrée combinant innovation, régulation et adaptation climatique. Car au-delà des chiffres record, c’est la capacité des systèmes alimentaires à résister aux chocs environnementaux qui est désormais en jeu.
La Rédaction

