Accusé d’avoir recruté des jeunes pour des camps clandestins en Afrique du Sud et de contester les frontières coloniales, le leader de l’opposition attend son procès. Une affaire explosive à la croisée du nationalisme, de la diplomatie et de la raison d’État.
Au Lesotho, royaume enclavé au cœur de l’Afrique du Sud, l’arène politique s’est déplacée dans les prétoires, emportant avec elle des tensions historiques autour des frontières héritées de la colonisation. Tšepo Lipholo, figure de l’opposition et chef du Basotho Covenant Movement, fait désormais face à une accusation de trahison qui dépasse largement le cadre judiciaire pour toucher à la stabilité régionale.
Arrêté en juillet 2025 à la suite d’une perquisition à son domicile, il était initialement poursuivi pour sédition, incitation et outrage à la justice. Les autorités lui reprochaient des propos hostiles au roi Letsie III et au gouvernement. Mais au fil de l’enquête, le dossier s’est durci et les charges ont été requalifiées en trahison, faisant basculer l’affaire dans une dimension hautement sensible.
Des accusations de recrutement et de camps militaires en Afrique du Sud
Selon l’accusation, Tšepo Lipholo aurait participé entre avril et juin 2025 à une opération de recrutement de jeunes Basotho âgés de 18 à 35 ans, envoyés pour un entraînement de type militaire dans des fermes situées en Afrique du Sud. Ces activités auraient eu pour finalité la préparation d’une action visant à reprendre par la force des territoires historiquement rattachés à l’ancien Basutoland avant l’indépendance de 1966. Les revendications évoquent notamment des zones situées dans le Free State, le KwaZulu-Natal et le Cap-Oriental.
Les services de renseignement sud-africains, appuyés par les unités spécialisées de la police, affirment cependant n’avoir trouvé aucune preuve de l’existence de tels camps sur leur territoire.
Une affaire qui dépasse le seul terrain militaire
L’affaire ne se limite pas à la dimension sécuritaire. Le ministère public accuse également le leader politique d’avoir tenté de structurer une organisation parallèle au pouvoir en place. Il aurait ainsi esquissé les contours d’un État alternatif, doté d’une constitution, d’un drapeau, d’un hymne national et d’un projet de gouvernement fantôme destiné à concurrencer symboliquement les institutions royales.
Libéré sous caution en décembre 2025 après plusieurs mois de détention, Tšepo Lipholo attend désormais la fixation de son procès. Il encourt jusqu’à vingt ans de prison, voire la peine capitale selon le droit lesothan, même si celle-ci n’est plus appliquée dans les faits.
Diplomatie de l’enclave : le silence de Maseru
Le silence pesant observé par le gouvernement du Premier ministre témoigne de l’extrême sensibilité du dossier. Interrogé sur les contradictions flagrantes entre les services secrets des deux pays, le porte-parole de la police lésothienne s’est retranché derrière le secret de l’instruction.
Pour Maseru, l’équation est complexe :
Sur le plan intérieur : faire preuve de fermeté face à ce qui est perçu comme une menace existentielle pour la Couronne.
Sur le plan régional : ne pas froisser le partenaire sud-africain, poumon économique du Lesotho (notamment via les revenus douaniers de la SACU et les projets hydroélectriques du Lesotho Highlands Water Project), alors même que Pretoria nie être la base arrière d’un complot.
Le futur procès de Tšepo Lipholo s’annonce ainsi comme un test crucial pour la justice et la stabilité de l’Afrique australe, où l’inviolabilité des frontières coloniales demeure le dogme suprême de l’Union africaine.
La Rédaction

