Alors que l’épidémie d’Ebola poursuit sa progression dans l’est de la République démocratique du Congo, franchissant pour la première fois le seuil des mille cas confirmés, le gouvernement lance en Ituri une expérience inédite de gratuité des soins. Une réponse sanitaire ambitieuse destinée à contenir le virus tout en évitant l’effondrement du reste du système médical.
L’épidémie d’Ebola continue de gagner du terrain en République démocratique du Congo. Les autorités sanitaires recensent désormais 1 003 cas confirmés et 254 décès, un seuil symbolique qui illustre l’ampleur prise par la flambée épidémique dans l’est du pays.
L’Ituri, province du nord-est de la RDC, demeure l’épicentre de la crise. À Bunia et dans plusieurs zones environnantes, les équipes sanitaires peinent à ralentir la transmission du virus dans un contexte marqué par l’insécurité, les déplacements de populations et une méfiance persistante envers les structures de santé.
Face à cette situation, le gouvernement congolais a annoncé une mesure exceptionnelle : la gratuité des consultations et des soins pour toutes les maladies dans l’ensemble de la province.
Une réponse sanitaire au-delà de la seule lutte contre Ebola
L’annonce a été faite par le ministre de la Santé, Roger Kamba, lors d’une visite à Bunia et à Mongbwalu, localité considérée comme le point de départ de l’épidémie actuelle.
Pour les autorités, l’objectif est d’éviter qu’Ebola ne monopolise l’ensemble des ressources médicales disponibles. Alors que la riposte mobilise déjà des moyens humains et financiers considérables, d’autres pathologies continuent de peser lourdement sur les populations locales.
Le gouvernement espère ainsi encourager les habitants à fréquenter davantage les centres de santé et réduire les décès liés à des maladies qui passent souvent au second plan lors des crises épidémiques.
L’Ituri sous forte pression sanitaire
La situation est particulièrement préoccupante dans les camps de déplacés installés autour de Bunia. Au camp de Kigonze, plusieurs dizaines de décès ont été enregistrés depuis le début du mois de mai.
Les autorités sanitaires attribuent une partie de ces décès à Ebola, mais de nombreux cas restent difficiles à documenter. Certaines familles refusent encore les dépistages ou hésitent à signaler les malades, compliquant le travail des équipes médicales.
Cette défiance constitue l’un des principaux obstacles à la riposte. Elle ralentit l’identification des cas contacts et favorise la circulation du virus dans des communautés déjà fragilisées par les déplacements forcés et la précarité.
Une province pilote pour la réforme du système de santé
Au-delà de l’urgence actuelle, le gouvernement présente l’Ituri comme un territoire pilote pour une future extension de la gratuité des soins à l’échelle nationale.
Le financement de cette initiative devrait s’appuyer sur la taxe pour la promotion de la santé entrée en vigueur en mars dernier ainsi que sur l’assurance maladie obligatoire dont la mise en œuvre est annoncée dans les prochaines semaines.
Les autorités ont également annoncé la création de centres spécialisés de traitement d’Ebola afin de sortir progressivement les patients des hôpitaux généraux et de limiter les risques de contamination au sein des structures classiques.
L’OMS réclame un cessez-le-feu
La progression du virus inquiète également les partenaires internationaux. L’Organisation mondiale de la santé estime que la poursuite des combats dans l’est de la RDC compromet gravement les efforts de contrôle de l’épidémie.
L’institution appelle à un cessez-le-feu immédiat afin de permettre aux équipes médicales d’accéder aux zones touchées et de renforcer les opérations de dépistage et de surveillance.
Les pays voisins suivent également l’évolution de la situation avec inquiétude. L’Ouganda a renforcé ses dispositifs de contrôle sanitaire aux frontières afin de limiter le risque d’une propagation régionale du virus.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse désormais la seule gestion d’une épidémie. La crise actuelle constitue aussi un test grandeur nature de la capacité du pays à bâtir un système de santé plus accessible dans un contexte où les urgences sanitaires se multiplient.
La Rédaction

