Le 3 juin 2026, un brasier de poussière et de tôles froissées a emporté un pan entier du sud de la capitale économique ivoirienne. Menée au mépris du calendrier climatique, une opération de déguerpissement à grande échelle a jeté des centaines de familles à la rue, ouvrant un scandale d’État où le droit foncier tangue entre vide juridique et déni de justice.
Abidjan — C’est une scène devenue le symbole d’une violence urbaine que l’on croyait pourtant encadrée par de nouvelles doctrines de gouvernance. À Koumassi-Campement, l’aube du 3 juin 2026 s’est levée au son des moteurs lourds et des chenilles de bulldozers. Escortés par un imposant cordon de forces de l’ordre, les engins ont méthodiquement rasé des habitations, des commerces, des écoles et des lieux de culte, transformant un quartier de vie en un champ de ruines fumantes.
Le drame social s’est noué en quelques heures, en pleine saison des pluies, période habituellement évitée pour ce type d’opérations afin de limiter les risques humanitaires. Des lycéens en période d’examens et des travailleurs absents au moment des faits ont découvert à leur retour leurs existences ensevelies sous les gravats. La colère a immédiatement remplacé la stupeur, d’autant que de nombreux habitants affirment détenir des titres de propriété et n’avoir reçu aucune notification préalable.
Le flou de la chaîne de décision
Très vite, l’onde de choc dépasse le seul périmètre du quartier. Les images de destruction massive circulent sur les réseaux sociaux et imposent l’affaire dans le débat public. La mairie de Koumassi annonce prendre en charge le déblaiement, une déclaration qui, loin d’éclaircir la situation, accentue les interrogations sur la chaîne de commandement réelle de l’opération.
C’est dans ce climat de confusion qu’émerge le nom d’Alloui Brou Jacques, ancien adjoint au maire et ingénieur à la retraite, qui revendique la propriété de vastes terrains dans la zone. Il affirme disposer d’une décision de justice et d’autorisations administratives lui permettant de procéder à des expulsions. Mais cette version entre rapidement en contradiction avec l’ampleur des démolitions constatées sur le terrain.
Le désaveu du parquet et l’effondrement du récit juridique
Le 10 juin 2026, le parquet d’Abidjan intervient publiquement et rebat les cartes. Selon les autorités judiciaires, la décision invoquée ne concernait qu’un périmètre limité et ne pouvait en aucun cas justifier une opération de destruction d’une telle ampleur. L’argument juridique avancé pour légitimer les expulsions s’effondre.
Dans la foulée, Alloui Brou Jacques est convoqué pour s’expliquer mais ne se présente pas. Il disparaît, alimentant un flot d’interrogations sur les complicités possibles ayant permis la mise en œuvre de l’opération. L’affaire quitte alors le seul registre foncier pour devenir une question de gouvernance publique et de responsabilité institutionnelle.
Une affaire qui dépasse le quartier
Le 19 juin, de nouvelles informations font état de premières interpellations dans le cadre de l’enquête en cours. Les investigations cherchent désormais à déterminer les responsabilités administratives et sécuritaires ayant encadré l’opération.
Au-delà du cas de Koumassi-Campement, l’affaire révèle les tensions structurelles qui traversent la gestion foncière à Abidjan. Entre urbanisation accélérée, pression immobilière et vulnérabilité des populations précaires, elle met en lumière un système où la frontière entre droit, interprétation administrative et abus de pouvoir devient particulièrement instable.
La Rédaction

