Réunie à Kinshasa, la Conférence épiscopale nationale du Congo estime qu’aucune nécessité ne justifie aujourd’hui une modification de la Constitution. Les évêques alertent sur les risques de tensions politiques, de fragmentation nationale et d’instabilité dans un contexte déjà marqué par les défis sécuritaires.
La question d’une éventuelle révision de la Constitution continue d’alimenter le débat politique en République démocratique du Congo. À l’issue d’une table ronde de trois jours organisée à Kinshasa, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a affiché une opposition ferme à toute modification de la loi fondamentale du pays.
Cette rencontre avait pour objectif d’examiner les enjeux institutionnels liés au projet défendu par certains responsables de la majorité présidentielle. Pour nourrir la réflexion, les évêques ont auditionné des représentants du pouvoir, des figures de l’opposition ainsi que plusieurs experts et constitutionnalistes.
Au terme des discussions, le message de l’épiscopat congolais s’est voulu sans équivoque. Les évêques affirment ne percevoir « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité » d’un changement de la Constitution dans le contexte actuel.
Une mise en garde contre les risques de déstabilisation
Dans leur déclaration finale, lue par Donatien Nshole, les responsables religieux estiment qu’une réforme conduite sans consensus national pourrait avoir des conséquences graves pour la cohésion du pays.
La Cenco considère notamment qu’un passage en force sur une question aussi sensible pourrait accentuer les fractures politiques et identitaires. Les évêques évoquent le risque d’une aggravation des tensions dans un environnement où les rivalités politiques prennent parfois une dimension ethnique ou communautaire.
Selon eux, la priorité devrait être accordée à la préservation de l’unité nationale et au renforcement de la stabilité institutionnelle plutôt qu’à l’ouverture d’un débat constitutionnel susceptible de polariser davantage la société congolaise.
Un appel direct au président Tshisekedi
Les évêques ont également adressé un message aux autorités du pays, invitant le président Félix Tshisekedi à respecter le serment prêté lors de son entrée en fonction et à demeurer garant de la Constitution en vigueur.
L’épiscopat a par ailleurs demandé aux responsables religieux de relayer cette position auprès des fidèles, laissant entendre que d’autres initiatives pourraient être envisagées dans les semaines à venir.
Dans le même temps, la Cenco a lancé un appel à la population congolaise, estimant que les citoyens doivent rester vigilants face aux défis politiques, sécuritaires et économiques auxquels le pays est confronté.
L’Église revendique une position de principe
Face aux accusations de proximité avec l’opposition, les responsables catholiques assurent ne soutenir aucun camp politique. Pour la Cenco, son intervention relève avant tout de son rôle d’acteur de la société civile et de défenseur de l’ordre constitutionnel.
Monseigneur Donatien Nshole rappelle que la Constitution congolaise prévoit déjà les mécanismes permettant son éventuelle modification, tout en définissant clairement les dispositions qui ne peuvent être remises en cause. Selon lui, l’Église ne peut rester silencieuse lorsqu’il est question de paix durable, de sécurité nationale et de stabilité des institutions.
Cette prise de position intervient alors que les partisans d’une révision constitutionnelle soutiennent qu’elle permettrait d’adapter certaines dispositions aux réalités actuelles du pays. À l’inverse, plusieurs opposants y voient une tentative susceptible d’ouvrir la voie à un maintien prolongé au pouvoir du président Félix Tshisekedi au-delà de son second mandat.
La déclaration de la Cenco ajoute ainsi une nouvelle dimension à un débat appelé à demeurer au centre de la vie politique congolaise dans les prochains mois.
La Rédaction

