Les autorités fédérales éthiopiennes alertent sur une menace imminente de reprise des hostilités de haute intensité dans le Nord. Ce basculement, adossé à un retournement d’alliances régional, fragilise un accord de Pretoria déjà moribond.
ADDIS-ABEBA, juin 2026 – La Corne de l’Afrique retient à nouveau son souffle. Le gouvernement fédéral éthiopien a formulé une mise en garde solennelle quant au risque imminent d’un embrasement généralisé dans le nord du pays. Selon les services de renseignement à Addis-Abeba, les forces du Front populaire de libération du Tigré (TPLF) finaliseraient les préparatifs d’une offensive d’envergure, bénéficiant cette fois du soutien stratégique et logistique de l’Érythrée voisine.
Ces accusations ravivent les traumatismes d’un conflit dévastateur (2020-2022), dont le bilan, estimé à près de 600 000 morts par l’Union africaine, en fait l’une des guerres les plus meurtrières du XXIe siècle. Trois ans après la signature de l’accord de Pretoria, la paix apparaît de plus en plus fragilisée, oscillant entre cessez-le-feu précaire et risque de rupture ouverte.
Une diplomatie de l’alerte face à l’escalade militaire
La détérioration sécuritaire s’est accélérée au cours des derniers mois. Après une série d’accrochages sporadiques fin 2025 entre les Forces de défense nationale éthiopiennes (ENDF) et les troupes tigréennes, la rupture politique est désormais largement consommée.
Dans une tribune conjointe, plusieurs hauts responsables sécuritaires éthiopiens, dont le conseiller à la sécurité nationale Redwan Hussein, ont appelé la communauté internationale à exercer une pression diplomatique maximale sur Mekelle et Asmara. L’objectif affiché est de contenir une escalade perçue comme imminente et de prévenir l’ouverture d’un nouveau front armé dans le nord du pays.
Le grand retournement des alliances régionales
Le cœur de la crise réside dans la reconfiguration des équilibres géopolitiques dans la Corne de l’Afrique. Durant la guerre de 2020-2022, l’armée érythréenne avait joué un rôle central aux côtés d’Addis-Abeba contre le TPLF. Mais les accords de Pretoria, signés sans l’implication directe d’Asmara, ont profondément détérioré cet alignement.
Aujourd’hui, les autorités fédérales éthiopiennes affirment que des canaux de communication auraient été réactivés entre le TPLF et des interlocuteurs érythréens. Des échanges seraient intervenus à Asmara, Mekelle et sur le territoire soudanais, dans un contexte régional déjà fortement déstabilisé par la guerre civile au Soudan.
Cette évolution illustre la volatilité des alliances dans la région, où les logiques d’intérêt stratégique priment sur les anciens clivages militaires.
L’impasse politique et institutionnelle du TPLF
Sur le plan intérieur, la fracture entre le pouvoir fédéral et le Tigré demeure profonde. Après avoir dominé la vie politique éthiopienne pendant près de trois décennies, le TPLF a été marginalisé depuis l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en 2018, avant de se replier sur son bastion régional.
Plusieurs lignes de fracture structurent aujourd’hui l’impasse politique. D’abord, le statut du TPLF reste contesté, le gouvernement fédéral conditionnant toute réintégration à des exigences strictes. Ensuite, la création d’une structure parlementaire régionale autonome par Mekelle est jugée illégale par Addis-Abeba. Enfin, le boycott des dernières élections nationales par le Tigré entérine une rupture durable avec le cadre politique fédéral.
Une région fragilisée par la guerre et la crise humanitaire
Le Tigré, qui compte environ six millions d’habitants, reste profondément marqué par le conflit. Plus d’un million de personnes ont été déplacées, tandis que la reconstruction demeure incomplète dans de nombreuses zones.
Les transferts budgétaires fédéraux restent partiellement suspendus, aggravant une situation économique déjà fragile. Dans ce contexte, la région évolue dans un entre-deux politique et sécuritaire, où la fin de la guerre n’a pas véritablement produit de stabilisation durable.
Une poudrière régionale sous haute tension
Dans un environnement marqué par des conflits simultanés en Éthiopie, au Soudan et dans l’ensemble de la Corne de l’Afrique, le nord du pays s’impose de nouveau comme un foyer de risque majeur.
L’hypothèse d’une reprise des hostilités, qu’elle se matérialise ou non, traduit surtout la persistance d’un système régional instable, où les accords de paix peinent à se transformer en architecture politique durable.
La Rédaction

