Après un demi-siècle d’un partenariat historique adossé aux infrastructures lourdes, Lomé et la Banque africaine de développement réorientent leur matrice de coopération. Priorité désormais à la recherche, à l’innovation et à la souveraineté technologique.
LOMÉ – C’est un changement de paradigme discret mais structurant qui s’opère entre le Togo et la Banque africaine de développement (BAD). Après cinquante ans de coopération évaluée à près de 600 millions de dollars et matérialisée par 25 projets dans les secteurs des finances, des transports et de l’agriculture, les deux partenaires engagent une recomposition stratégique de leur agenda commun.
Désormais, le centre de gravité de cette coopération se déplace vers des domaines immatériels à forte valeur ajoutée : la recherche scientifique, l’innovation et le développement technologique. Ce repositionnement a été évoqué lors des récentes discussions entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et la représentation de la BAD à Lomé.
Sortir du « vase clos » académique
Cette nouvelle orientation vise à corriger une limite structurelle longtemps observée : la faible articulation entre la production scientifique et les besoins du secteur productif. Dans de nombreux cas, les travaux de recherche restent confinés au champ académique, sans véritable mécanisme de transfert vers l’industrie ou les services.
La stratégie en cours ambitionne ainsi de bâtir une économie de la connaissance fondée sur des passerelles solides entre universités, centres de recherche et acteurs économiques. L’objectif est de transformer les résultats scientifiques en innovations concrètes, en procédés industriels et en solutions commercialisables, afin de réduire la dépendance technologique extérieure.
Le Forum national de la recherche comme catalyseur
Dans cette dynamique, les autorités préparent l’organisation d’un Forum national dédié à la recherche et à l’innovation. Ce cadre est pensé comme un espace de convergence entre chercheurs, décideurs publics et secteur privé, avec pour ambition de structurer un dialogue opérationnel autour des priorités scientifiques et économiques du pays.
L’un des enjeux majeurs de ce futur forum réside dans la transformation locale des matières premières. Le Togo entend renforcer sa capacité à générer de la valeur ajoutée sur place, notamment à travers l’intégration de solutions technologiques dans les chaînes de production agro-industrielles et manufacturières.
Du capital physique au capital humain
Ce repositionnement illustre une évolution plus large des priorités de développement. Après une phase dominée par les infrastructures physiques, la coopération BAD–Togo s’oriente vers le renforcement du capital humain et de l’innovation, considérés comme des leviers essentiels de compétitivité dans l’économie mondiale actuelle.
Dans un contexte marqué par la montée en puissance des technologies numériques et de l’intelligence artificielle, la capacité d’un pays à produire, adapter et exploiter le savoir devient un facteur central de croissance. Pour le Togo, qui ambitionne de consolider son rôle de hub logistique et de services en Afrique de l’Ouest, ce virage constitue un enjeu stratégique majeur.
La Rédaction

