Par décret de la gouvernance du Kadiogo, le principal lieu de culte du Mouvement sunnite dans la capitale burkinabè a été mis sous scellés jusqu’à nouvel ordre. Motivée par des impératifs de sécurité publique, cette décision drastique survient au lendemain de l’interpellation contestée de l’imam Mohamed Ishaq Kindo, qui a déclenché des vagues de mobilisations parmi ses fidèles.
L’arrêté, signé des mains du gouverneur de la région du Kadiogo, le colonel Abdoulaye Bassinga, est d’application immédiate.
En ordonnant la fermeture de la grande mosquée sunnite, idéalement située au cœur de la Zone d’activités commerciales et administratives (ZACA) de Ouagadougou, l’autorité administrative invoque formellement des « risques avérés de troubles à l’ordre public ».
Une formulation qui traduit la fébrilité du pouvoir face à un foyer de contestation urbaine latent.
L’étincelle Ishaq Kindo et le spectre de la fracture religieuse
Cette mise sous clé intervient dans un climat sociopolitique déjà lourd, exacerbé par des frictions internes au paysage confessionnel burkinabè.
L’élément déclencheur de cette crise repose sur l’interpellation, aux motifs encore flous, de l’imam Mohamed Ishaq Kindo, figure influente de la communauté sunnite locale.
L’annonce de son arrestation a provoqué un accès de fièvre dans les rues de la capitale, où des groupes de partisans ont brièvement mais vigoureusement manifesté pour exiger sa libération immédiate.
Face au risque d’escalade, la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) ainsi que le bureau politique du Mouvement sunnite sont rapidement montés au créneau pour appeler les fidèles au calme, au dialogue et à la retenue.
Le Burkina Faso traverse une période de transition hautement sensible où la stabilité intérieure, minée par la crise sécuritaire globale, demeure la priorité absolue du gouvernement. Toute contestation d’ordre identitaire ou religieux dans les grands centres urbains est immédiatement traitée avec la plus grande fermeté.
L’exécutif réaffirme l’intangibilité de la laïcité
Cette épreuve de force coïncide paradoxalement avec les célébrations de la Tabaski (Aïd el-Kébir), moment choisi par le pouvoir de transition pour adresser un message de fermeté doctrinale à la Nation.
Lors des allocutions officielles, le gouvernement avait préventivement rappelé les fondements constitutionnels du Burkina Faso, défini comme un État « un, indivisible et laïc ».
Les autorités avaient exhorté les leaders d’opinion et les citoyens à sanctuariser le « vivre-ensemble » et la cohésion nationale, des valeurs jugées non négociables face aux velléités de repli communautaire.
Un imposant dispositif de sécurisation déployé
Sur le plan juridique, l’arrêté du gouverneur Bassinga s’adosse aux prérogatives exceptionnelles en matière de police administrative, encadrant la liberté de réunion et le maintien de l’ordre en période de crise.
Forces engagées pour l’application du décret :
- Commandement opérationnel : Direction régionale de la Police nationale du Kadiogo
- Force d’appui : Éléments de la 3e Légion de gendarmerie nationale
- Mission : Bouclage du périmètre de la ZACA, interdiction d’accès au site et surveillance des axes adjacents pour prévenir tout rassemblement spontané
La présence visible des forces de sécurité autour de l’édifice religieux confirme la volonté des autorités de saturer l’espace pour tuer dans l’œuf toute tentative de réoccupation par la rue.
La Rédaction

