Entre violences jihadistes persistantes, enlèvements de femmes et d’enfants et présence militaire étrangère, la province du Cabo Delgado reste l’un des foyers sécuritaires les plus instables d’Afrique australe.
La province du Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique, continue de subir une insurrection armée attribuée à des groupes affiliés à l’État islamique, localement désignés sous le nom de “shebabs”. Depuis près d’une décennie, cette région stratégique, riche en ressources gazières, est marquée par des attaques répétées contre les civils, notamment des enlèvements massifs de femmes et d’enfants.
Une violence qui cible les familles et les enfants
Sur le terrain, les témoignages décrivent une mécanique de terreur systématique. Rasheed, aujourd’hui âgé de 13 ans, a été enlevé alors qu’il n’avait que sept ans. Il raconte des conditions de détention extrêmement dures, marquées par la faim, les violences physiques et l’endoctrinement militaire.
Dans plusieurs villages, des familles entières ont été brisées par les enlèvements. Olessa Ibrahimou a vu ses deux filles, âgées de 15 et 17 ans, emmenées lors d’une attaque en 2020. Depuis, elle n’a que rarement des nouvelles, et les rares informations disponibles suggèrent une situation de captivité prolongée.
Selon des travailleurs humanitaires, ces groupes armés utilisent les civils comme main-d’œuvre forcée. Les femmes et les jeunes filles sont particulièrement vulnérables, souvent contraintes au port de charges militaires, à des travaux forcés et à des violences sexuelles, selon les organisations humanitaires opérant dans la région.
Une insurrection enracinée depuis près de dix ans
Les violences dans le Cabo Delgado ont débuté il y a près de dix ans et ont pris une dimension régionale après l’allégeance de certains groupes à l’État islamique en 2019.
Le mode opératoire est similaire à celui observé dans d’autres zones d’Afrique touchées par des branches locales de l’organisation : attaques de villages, incendies, déplacements massifs de populations et enlèvements systématiques visant à alimenter les rangs des combattants.
Une réponse militaire régionale toujours active
Face à cette insécurité chronique, le Rwanda maintient son déploiement militaire dans la région, en coordination avec les autorités mozambicaines. Kigali a confirmé la poursuite de son engagement après que Maputo a assuré la continuité du financement de l’opération sécuritaire.
Les troupes rwandaises ont été déployées pour la première fois en 2021 à la demande du gouvernement mozambicain, afin de soutenir la lutte contre l’insurrection jihadiste. Leur présence est aujourd’hui considérée comme un facteur important de stabilisation relative dans certaines zones.
Selon les autorités rwandaises, cette coopération a permis de réduire l’intensité des attaques dans plusieurs districts, facilitant la reprise d’activités économiques et le retour progressif de populations déplacées.
Des résultats partiels face à une menace persistante
Malgré les avancées sécuritaires revendiquées, des attaques sporadiques continuent d’être signalées dans certaines zones rurales du Cabo Delgado. Les analystes estiment que les groupes armés conservent des capacités de nuisance, notamment dans les zones forestières et difficiles d’accès.
La présence de grandes entreprises énergétiques, engagées dans des projets de gaz naturel liquéfié, ajoute un enjeu économique majeur à la stabilisation de la région. Toutefois, la sécurité reste fragile, et les investissements demeurent dépendants de l’évolution du contexte militaire.
Une crise humanitaire toujours ouverte
Au-delà de la dimension militaire, la crise du Cabo Delgado reste profondément humanitaire. Des milliers de familles ont été déplacées, et de nombreux enfants restent introuvables après les vagues d’enlèvements successifs.
Pour les populations locales, la principale attente reste le retour durable de la sécurité et la fin des déplacements forcés. Mais sur le terrain, la situation demeure instable, entre opérations militaires, attaques résiduelles et reconstruction lente des communautés.
La Rédaction

