L’OMS appelée à reconnaître une crise sanitaire planétaire
Alors que s’ouvre à Genève la 79e Assemblée mondiale de la santé, une commission paneuropéenne indépendante sur le climat et la santé demande à l’Organisation mondiale de la santé de reconnaître officiellement le réchauffement climatique comme une urgence mondiale de santé publique.
Scientifiques, experts et anciens ministres de la Santé estiment qu’une telle déclaration permettrait de déclencher une réponse internationale plus coordonnée face à une crise qui dépasse désormais largement le cadre environnemental.
“La crise climatique n’est plus une menace future”
Pour les membres de cette commission, les conséquences sanitaires du réchauffement ne relèvent plus d’un scénario à venir mais d’une réalité déjà observable à grande échelle.
L’ancienne Première ministre islandaise Katrín Jakobsdóttir, qui préside la commission, affirme que le dérèglement climatique affecte désormais simultanément la santé publique, l’accès à l’eau, la sécurité alimentaire, l’énergie et la stabilité des États.
Les experts estiment qu’en l’absence d’une mobilisation plus forte, des millions de personnes continueront d’être exposées à des risques sanitaires directement liés aux vagues de chaleur, à la pollution atmosphérique ou aux événements climatiques extrêmes.
Pollution et chaleur extrême : une mortalité en hausse
Selon les données relayées par la commission, la pollution liée aux énergies fossiles provoquerait chaque année plus de 600 000 décès en Europe.
Les vagues de chaleur représentent également une menace croissante. En 2024, environ 63 000 personnes seraient mortes en Europe à cause des températures extrêmes. Les projections pour 2025 montrent une aggravation continue, avec une part importante des décès estivaux désormais associée au réchauffement climatique.
Le continent européen se réchauffe aujourd’hui environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale, accentuant les phénomènes de chaleur urbaine dans de nombreuses métropoles.
Même les régions les plus riches deviennent vulnérables
Des travaux relayés par l’Institut de Barcelone pour la santé mondiale montrent que les territoires les plus favorisés économiquement ne sont pas nécessairement protégés contre les fortes chaleurs.
Dans plusieurs grandes villes européennes, la densité urbaine, l’omniprésence du béton et la faible présence de végétation renforcent les effets d’îlots de chaleur. Les chercheurs soulignent ainsi qu’un niveau de vie élevé protège davantage contre le froid que contre les températures extrêmes.
L’Afrique et l’Asie parmi les régions les plus exposées
Au-delà de l’Europe, les experts alertent également sur la vulnérabilité croissante des régions africaines et asiatiques face au réchauffement climatique.
Dans le Sahel et plusieurs grandes villes africaines, les épisodes de chaleur extrême, les sécheresses prolongées et les tensions sur les ressources en eau exercent déjà une forte pression sur les systèmes de santé. Des métropoles comme Lagos ou Niamey figurent parmi les espaces urbains confrontés à une combinaison de croissance démographique rapide et d’exposition climatique élevée.
En Asie du Sud, les records de température se multiplient également. En Inde, plusieurs villes ont récemment dépassé les 46 °C lors d’épisodes de chaleur exceptionnels. Des climatologues estiment que certaines zones pourraient, à terme, atteindre des seuils thermiques critiques pour la santé humaine.
Au Pakistan, la ville de Karachi a enregistré plus de 44 °C ces dernières semaines, provoquant plusieurs décès liés à la chaleur.
Le climat désormais considéré comme un enjeu de sécurité globale
Pour la commission, le changement climatique doit désormais être traité comme une question de sécurité sanitaire mondiale. Les experts appellent les gouvernements à intégrer pleinement le risque climatique dans leurs politiques publiques, y compris dans les domaines de la santé, de l’urbanisme, de l’énergie et de la sécurité nationale.
Cette approche traduit une évolution profonde des débats internationaux : le réchauffement n’est plus uniquement perçu comme un défi environnemental, mais comme un facteur susceptible d’aggraver les crises sociales, migratoires, alimentaires et sanitaires à l’échelle mondiale.
La Rédaction

