Le président congolais évoque une hypothèse de prolongation de son mandat “si les Congolais le veulent”, dans un débat de plus en plus sensible autour d’une éventuelle révision constitutionnelle et de la tenue des élections de 2028.
Lors d’une conférence de presse tenue à Kinshasa, le président de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi a adopté un ton inhabituellement direct sur la question d’un éventuel troisième mandat, jusque-là considérée comme un sujet politiquement explosif.
Face aux journalistes, le chef de l’État a affirmé être prêt à se représenter « si les Congolais le demandent », tout en conditionnant toute évolution institutionnelle à une consultation populaire par référendum.
Une hypothèse de troisième mandat désormais assumée publiquement
Jusqu’ici évitée dans le discours officiel, la perspective d’une réforme constitutionnelle permettant une nouvelle candidature présidentielle est désormais évoquée sans détour au sommet de l’État.
Le président congolais a insisté sur le fait que toute modification du cadre constitutionnel ne pourrait intervenir sans l’accord du peuple souverain, présenté comme l’arbitre final du débat institutionnel.
Cette position intervient alors que le camp présidentiel est régulièrement accusé par l’opposition de préparer une révision de la Constitution, notamment de ses dispositions limitant le nombre de mandats.
Une réforme constitutionnelle au cœur des tensions politiques
Le débat est particulièrement sensible en raison des dispositions de la Constitution congolaise, notamment l’article 220, considéré comme verrouillant le nombre de mandats présidentiels.
Plusieurs institutions religieuses et acteurs de la société civile ont déjà exprimé leurs inquiétudes face à toute tentative de modification, appelant au respect strict du cadre constitutionnel en vigueur.
Dans son intervention, le chef de l’État a toutefois présenté cette dynamique comme une continuité politique, inscrite dans un projet de réforme institutionnelle plus large.
La sécurité dans l’Est comme argument politique et institutionnel
Abordant la question électorale, Félix Tshisekedi a également lié la tenue des élections prévues en 2028 à l’évolution de la situation sécuritaire dans l’Est du pays.
Selon lui, la persistance du conflit dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pourrait rendre impossible l’organisation du scrutin dans des conditions acceptables sur l’ensemble du territoire.
Cette déclaration a immédiatement suscité des interrogations sur le calendrier électoral et sur les conditions d’un éventuel report.
Des réactions politiques immédiates
Les propos du président ont provoqué une réaction rapide de l’opposition. L’ancien député Claudel-André Lubaya a dénoncé une remise en cause potentielle de la Constitution, estimant que le chef de l’État s’expose à une dérive institutionnelle.
Selon lui, la logique avancée par le pouvoir créerait une contradiction entre l’idée de référendum et l’impossibilité actuelle d’organiser des élections dans certaines zones du pays.
Un débat qui dépasse le seul cadre national
Au-delà des divergences politiques internes, cette prise de position intervient dans un contexte régional marqué par des crises sécuritaires persistantes et une forte attention internationale sur la stabilité de la RDC.
La question du calendrier électoral, de la réforme constitutionnelle et de la continuité du pouvoir s’impose désormais comme un enjeu central du débat politique congolais.
La Rédaction

