Dans les foyers équatoriens, les appareils électroniques ne disparaissent jamais vraiment. Téléphones remplacés, ordinateurs obsolètes, imprimantes hors d’usage : ils s’entassent, se stockent ou finissent dans des circuits informels. Cette accumulation massive illustre un défi environnemental pressant. L’Équateur ne recycle que 3 à 5 % de ses déchets électroniques, loin derrière le Costa Rica (8 %) et la Colombie (25 %).
Une croissance numérique sans filet écologique
La modernisation technologique a accéléré le renouvellement des équipements. En moyenne, chaque citoyen acquiert plusieurs appareils par an et génère environ six kilos de déchets électroniques. Ce flux constant alimente une pression croissante sur un système de traitement encore embryonnaire.
Le pays ne compte que trois entreprises officiellement habilitées à recycler ces déchets spécifiques. À Quito, la société Vertmonde a traité 680 tonnes l’an dernier. Un volume significatif, mais qui demeure marginal face aux dizaines de milliers de tonnes produites à l’échelle nationale.
Une filière encore fragile
Le tri sélectif progresse pour les plastiques et les déchets organiques, mais les équipements électroniques restent en marge des réflexes citoyens. Or ces objets concentrent des métaux valorisables — cuivre, aluminium, composants rares — tout en contenant des substances potentiellement toxiques. En l’absence d’une filière suffisamment structurée, une partie des déchets est stockée indéfiniment ou manipulée hors cadre formel, avec des risques environnementaux tangibles.
La loi REP : un cadre insuffisant ?
La législation équatorienne repose sur la Responsabilité élargie du producteur (REP). Elle oblige les entreprises à financer le recyclage d’au moins 0,5 % des déchets électroniques qu’elles génèrent, un seuil révisable tous les quatre ans. Pour les acteurs du secteur, ce pourcentage reste limité au regard de l’ampleur des volumes mis sur le marché.
Parallèlement, certaines structures développent le reconditionnement. Les équipements récupérés sont démontés, testés et partiellement réassemblés afin de prolonger leur durée de vie, réduisant ainsi la pression sur la filière de recyclage.
Les Galápagos, territoire sous tension logistique
Aux Galápagos, l’enjeu est encore plus sensible. Faute d’installations adaptées sur place, les déchets électroniques s’accumulent jusqu’à ce qu’ils puissent être acheminés vers le continent pour traitement. Des partenariats avec des entreprises privées et des compagnies aériennes permettent d’organiser ces transferts, révélant la complexité d’une gestion à l’échelle d’un territoire fragmenté.
Un défi stratégique pour l’avenir
La gestion des déchets électroniques en Équateur ne relève plus d’un simple enjeu technique. Elle touche à la souveraineté environnementale, à l’économie circulaire et à la santé publique. Renforcer la responsabilité des producteurs, structurer la collecte nationale et ancrer durablement la culture du recyclage apparaissent désormais comme des priorités.
Car de la cordillère des Andes aux îles du Pacifique, la modernité numérique laisse derrière elle une empreinte matérielle que le pays ne peut plus ignorer.
La Rédaction

