Après une croissance record de la production nationale, le gouvernement veut verrouiller les risques sanitaires et protéger les écosystèmes aquatiques.
Le secteur aquacole togolais change d’échelle. En quelques années, la production nationale est passée d’environ 120 tonnes à près de 3 500 tonnes, traduisant une progression spectaculaire qui repositionne progressivement la filière comme un levier de sécurité alimentaire et de création d’emplois.
Cette montée en puissance n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’investissements publics structurés, notamment à travers le Projet d’appui au secteur agricole (PASA) et le Projet de développement de l’aquaculture au Togo (PDAT), qui ont permis la modernisation des techniques d’élevage, l’amélioration de la productivité et un meilleur accompagnement des pisciculteurs.
Mais derrière cette dynamique encourageante se profile un enjeu beaucoup plus stratégique : la biosécurité.
Une croissance qui expose à de nouveaux risques
L’essor rapide des fermes aquacoles, notamment l’élevage en cages flottantes sur le barrage de Nangbéto, augmente mécaniquement les risques sanitaires. Le Togo continue d’importer des poissons, des alevins et des aliments pour poissons. Ces flux commerciaux, indispensables à la filière, constituent également des vecteurs potentiels d’introduction de pathogènes.
Selon Dr Domtani Ali, directeur des productions halieutiques au ministère en charge de la pêche, les échanges de poissons vivants nécessitent des précautions strictes. Le transport d’alevins d’un site à un autre, s’il n’est pas encadré, peut favoriser la propagation de maladies.
Parmi les menaces identifiées figurent le virus du Tilapia du lac, particulièrement redouté dans les élevages, mais aussi certaines bactérioses et salmonelloses susceptibles d’affecter la production et la qualité sanitaire des produits.
Un vide juridique à combler
Le véritable problème est d’ordre réglementaire. La loi actuelle encadrant la pêche et l’aquaculture ne comporte pas de dispositions spécifiques détaillées en matière de biosécurité. Ce déficit normatif fragilise l’ensemble de la chaîne de production.
Pour Konlani Dindiongue, directeur de cabinet du ministère en charge de la pêche, les travaux récents doivent permettre au pays de se doter de textes conformes aux standards internationaux. L’objectif est clair : intégrer des mesures contraignantes et opérationnelles capables de prévenir les contaminations et de sécuriser durablement les exploitations.
Avec l’appui de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) et l’expertise technique de Oceans Friends International, une étude approfondie du cadre institutionnel et réglementaire a été réalisée. Elle a permis d’identifier les insuffisances existantes et de formuler des propositions concrètes d’amélioration.
Un atelier organisé à Lomé a réuni autorités publiques, producteurs, chercheurs et partenaires techniques afin d’examiner et de valider ces recommandations.
Préserver l’écosystème et la souveraineté alimentaire
La biosécurité ne concerne pas uniquement les fermes piscicoles. Dans le cas du barrage de Nangbéto, toute contamination pourrait impacter l’ensemble de l’écosystème du fleuve Mono, affectant la biodiversité et les activités économiques connexes.
L’enjeu dépasse donc la seule production. Il s’agit de protéger l’environnement, de garantir la qualité sanitaire des produits mis sur le marché et de consolider la crédibilité du secteur.
Alors que le Togo ambitionne de réduire sa dépendance aux importations de poissons, la structuration réglementaire devient un impératif stratégique. Une filière en croissance sans cadre sanitaire robuste pourrait rapidement devenir vulnérable.
La prochaine étape sera l’élaboration ou la révision de textes juridiques intégrant des normes strictes de contrôle, de surveillance et de prévention. À ce prix seulement, l’aquaculture togolaise pourra poursuivre sa progression tout en sécurisant ses acquis.
La croissance est enclenchée. Reste désormais à la protéger.
La Rédaction

