Xenobot, l’émergence d’une créature artificielle qui brouille les codes du vivant
En 2020, des chercheurs de l’University of Vermont, de la Tufts University et du Wyss Institute for Biologically Inspired Engineering de l’Harvard University ont créé une entité inédite : le Xenobot. Mi-organisme, mi-machine conceptuelle, il n’est ni robot traditionnel ni organisme naturel autonome, mais un assemblage de cellules vivantes conçu pour accomplir des tâches spécifiques grâce à sa forme et à l’intelligence artificielle.
Ces structures microscopiques sont fabriquées à partir de cellules prélevées sur l’embryon de la grenouille africaine Xenopus laevis. Contrairement aux robots classiques, les Xenobots ne possèdent ni circuits électroniques ni logiciel embarqué. Leur déplacement est rendu possible par les contractions naturelles des cellules cardiaques intégrées, tandis que leur architecture, déterminée par algorithme, définit leur comportement et leurs capacités.
Une « machine vivante » sans cerveau ni code
La première étude, publiée en 2020 dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), décrit ces entités comme des « organismes reconfigurables ». Elles peuvent se déplacer seules, pousser de minuscules particules, coopérer en groupe et survivre plusieurs jours sans alimentation externe. Ces organismes sont entièrement biodégradables, ce qui ouvre des perspectives écologiques inédites.
Reproduction cinématique : un phénomène inédit
En 2021, la même équipe publie une nouvelle étude dans PNAS révélant que certains Xenobots peuvent se reproduire par un mécanisme appelé « reproduction cinématique ». Grâce à leur forme particulière, ils sont capables d’assembler des cellules libres pour former de nouveaux Xenobots fonctionnels. Ce n’est pas une reproduction biologique classique, mais un processus émergent rendu possible par l’architecture des cellules et la modélisation par intelligence artificielle.
Des applications potentielles en médecine et environnement
Les chercheurs envisagent plusieurs usages :
•Transport ciblé de médicaments à l’intérieur du corps humain
•Nettoyage de dépôts cellulaires ou artériels
•Captation de microplastiques et polluants dans l’eau
Ces micro-organismes offrent l’avantage d’être programmables par leur forme, autonomes, et entièrement biodégradables, ce qui les rend à la fois sûrs et écologiquement viables.
Une question éthique et scientifique majeure
Si les Xenobots ne possèdent ni système nerveux ni conscience, ils soulèvent des questions fondamentales : jusqu’où peut-on reprogrammer le vivant ? Quel est le seuil où l’organisme devient machine et la machine devient vivant ? Ces recherches illustrent l’arrivée d’une ère où intelligence artificielle et biologie synthétique se croisent pour créer des entités inédites.
La Rédaction
Sources et références
•Kriegman et al., “A scalable pipeline for designing reconfigurable organisms”, Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), 2020
•Kriegman et al., “Kinematic self-replication in reconfigurable organisms”, PNAS, 2021
•Communiqués officiels du Wyss Institute for Biologically Inspired Engineering (Harvard University)
•Publications de l’University of Vermont et de la Tufts University

