« Nous sommes en 2026 – pas en 1946. »
Par cette formule directe, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a posé une question de fond : l’architecture actuelle de la gouvernance mondiale correspond-elle encore aux réalités contemporaines ?
Derrière cette phrase devenue centrale dans le débat diplomatique, se trouve une problématique structurelle : l’absence d’un siège permanent africain au Conseil de sécurité de l’ONU. Alors que l’Afrique compte 54 États membres au sein des Nations unies, aucun pays du continent ne dispose d’un siège permanent avec droit de veto.
Un déséquilibre hérité de 1945
Le Conseil de sécurité comprend 15 membres :
•5 permanents dotés du droit de veto
•10 membres élus pour un mandat de deux ans
Les cinq membres permanents – États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni – reflètent l’équilibre géopolitique issu de la Seconde Guerre mondiale. Cette configuration, établie en 1945, n’a jamais été fondamentalement révisée malgré les transformations profondes du système international.
Or, le continent africain est aujourd’hui au cœur des opérations de maintien de la paix et des débats sécuritaires mondiaux. De nombreuses résolutions concernent directement des crises africaines, sans qu’un État du continent ne participe de manière permanente aux décisions.
L’Union africaine défend depuis des années une réforme à travers le Consensus d’Ezulwini, qui réclame au minimum deux sièges permanents africains, avec droit de veto si ce dernier est maintenu pour les autres puissances.
Une réforme juridiquement complexe
Le principal obstacle n’est pas uniquement politique. Il est juridique.
Modifier la composition du Conseil exige une réforme de la Charte des Nations unies. Cette réforme doit être adoptée par les deux tiers des États membres, mais surtout ratifiée par les cinq membres permanents actuels.
En d’autres termes, toute évolution dépend de l’accord des États qui bénéficient du statu quo. Cette configuration rend la réforme institutionnellement difficile.
La déclaration d’António Guterres intervient donc dans un contexte où la crédibilité du Conseil de sécurité est régulièrement mise à l’épreuve par des blocages diplomatiques et l’usage du veto.
Une question de légitimité internationale
La phrase « 2026 – pas 1946 » souligne un décalage croissant entre la réalité démographique, économique et politique du monde et la structure actuelle des institutions internationales.
L’Afrique représente une part croissante de la population mondiale et un espace stratégique majeur. Son absence permanente au Conseil soulève une question de légitimité et d’équilibre dans la gouvernance mondiale.
La réforme du Conseil de sécurité dépasse désormais la seule revendication africaine. Elle constitue un test pour la modernisation de l’ONU face à un monde multipolaire.
Reste à savoir si la pression diplomatique actuelle débouchera sur une transformation concrète ou si l’ordre institutionnel continuera de refléter davantage 1946 que 2026.
La Rédaction

