La guerre au Soudan franchit une étape symbolique et tragique : plus de mille jours de combats incessants. En janvier, Tom Fletcher, chef des secours d’urgence de l’ONU, a alerté sur la gravité de la situation : « C’est bien trop longtemps », a-t-il déclaré, dressant un tableau sombre d’un pays frappé par la famine, l’exil forcé et la violence.
À l’approche de trois années de conflit, le passage du temps devient le reflet des destructions et des souffrances. « Trop de vies déracinées, trop de femmes et de filles exposées à des violences sexuelles, trop de communautés affamées », a insisté M. Fletcher lors d’un événement à Washington consacré à la mobilisation de fonds et à la recherche d’une trêve humanitaire.
Une guerre née d’une fracture au sommet de l’État
Le conflit a éclaté le 15 avril 2023, après l’effondrement de l’alliance issue de la chute d’Omar el-Béchir. Le général Abdel Fattah al-Burhane, à la tête de l’armée, s’est opposé à son ancien allié, le général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », chef des Forces de soutien rapide (FSR). Depuis, Khartoum et de vastes régions du pays sont devenues des champs de bataille, avec pour conséquence l’effondrement de l’État et l’émergence d’une crise humanitaire parmi les plus graves de notre époque.
© IOM Les déplacements de population s’aggravent dans les zones de conflit
Des déplacements massifs et persistants
Face à cette spirale, l’ONU insiste : « Les armes doivent se taire et une voie vers la paix doit être tracée ». Les combats fragmentent le territoire et désagrègent les structures sociales de base.
Dans le Kordofan méridional, une mission de l’OCHA a constaté que plus de 10 000 déplacés vivent dans des camps frappés par des pénuries critiques : nourriture, soins, eau, assainissement, abris et éducation. Beaucoup ont fui l’insécurité et la famine à Kadugli ou Dilling, tandis que d’autres viennent du Kordofan occidental et du Darfour oriental, parfois après un périple dangereux via le Soudan du Sud.
Au Darfour du Nord, plus de mille personnes ont récemment trouvé refuge à Tawila, où les besoins essentiels restent insuffisants. Les déplacements se poursuivent dans les régions du Darfour oriental et du Nil Bleu, créant une géographie mouvante de détresse humaine. Pour ceux qui reviennent dans leurs villages, le retour est souvent amer : maisons endommagées, services réduits et infrastructures détruites.
Des besoins humanitaires colossaux
Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, souligne que l’organisation soutient les efforts diplomatiques du « Quad » — États-Unis, Égypte, Arabie saoudite et Émirats arabes unis — pour obtenir une trêve humanitaire. L’objectif : mettre fin aux combats dans des zones clés, sécuriser l’accès humanitaire et renforcer l’aide à l’échelle nationale.
Mais cette ambition reste fragile, dépendante de la volonté des belligérants et de l’engagement de la communauté internationale. Les besoins explosent alors que les ressources s’épuisent. Le plan humanitaire de l’ONU pour 2026 prévoit 2,9 milliards de dollars pour assister plus de 20 millions de personnes. Sans cet appui, la crise soudanaise — déjà parmi les plus graves au monde — risque de s’aggraver durablement.
La Rédaction

