À Bamako, ce samedi, un symbole a changé d’échelle. Ce n’est pas seulement un étendard qui a été remis, mais une architecture sécuritaire régionale qui s’est matérialisée. En présidant la cérémonie officielle de création de la Force unifiée de la Confédération des États du Sahel (FU-AES), le président malien Assimi Goïta a acté une nouvelle phase de coopération militaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Un tournant stratégique pour les armées sahéliennes
La naissance officielle de la FU-AES consacre plusieurs mois de préparation politique et opérationnelle. Autour du chef de l’État malien, président en exercice de la Confédération, se sont retrouvés les piliers institutionnels et militaires de l’espace AES : chefs de gouvernement, responsables de la transition, ministres de la Défense des trois pays, chefs d’état-major, mais aussi diplomates et partenaires internationaux.
À la tête de cette nouvelle force, le général Daouda Traoré incarne la volonté des États sahéliens de structurer une réponse collective, coordonnée et durable face à une insécurité persistante. Pour Assimi Goïta, l’événement relève d’un moment fondateur, comparable aux grandes étapes de refondation des États confrontés à une menace existentielle.
Des résultats déjà revendiqués sur le terrain
Bien avant sa consécration officielle, la Force unifiée a commencé à opérer. Depuis la Déclaration de Niamey du 6 juillet 2024, les armées des trois pays ont engagé des opérations conjointes d’envergure. Les offensives Yéréko I et Yéréko II sont présentées comme des démonstrations concrètes de l’efficacité de la mutualisation du renseignement, de la coordination des unités et du partage des moyens logistiques.
Selon les autorités, ces actions ont permis de neutraliser plusieurs figures de groupes armés terroristes et de démanteler des bases stratégiques utilisées comme sanctuaires criminels dans la zone des trois frontières.
Une réponse globale à des menaces multiples
Au-delà du champ militaire, le discours présidentiel a insisté sur la nature polymorphe des défis auxquels font face les États de l’AES. Terrorisme, pressions économiques, guerre informationnelle : la riposte se veut désormais globale. C’est dans cette logique que la Confédération s’est dotée de ses propres outils médiatiques — télévision, radio et presse écrite — afin d’affirmer une souveraineté informationnelle revendiquée comme un pilier de la sécurité collective.
L’anticipation stratégique, face à l’adaptation constante des groupes armés, est présentée comme un impératif permanent, et non comme une réponse ponctuelle.
« La sécurité ne se délègue pas »
Le ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, a donné le ton idéologique de cette nouvelle force. Pour lui, la FU-AES n’est pas une coalition de circonstance mais l’aboutissement d’un choix assumé : reprendre en main le destin sécuritaire du Sahel. L’étendard remis à la force symbolise à la fois la mémoire des civils et militaires tombés et l’engagement irréversible des trois États à défendre leur souveraineté.
Solidarité, dignité et responsabilité collective sont invoquées comme les valeurs fondatrices de cette coopération militaire inédite dans la région.
Un contexte régional sous haute tension
La création de la Force unifiée intervient dans un environnement sécuritaire particulièrement dégradé. Le Mali a récemment subi une crise d’approvisionnement en carburant, conséquence directe des attaques contre les convois et d’un embargo imposé par le groupe jihadiste Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM). Le Burkina Faso et le Niger restent également confrontés à des offensives répétées du JNIM et de l’État islamique au Sahel.
Cette pression constante renforce, selon les autorités, la nécessité d’une réponse concertée, pensée à l’échelle régionale plutôt que nationale.
L’AES, d’alliance politique à confédération sécuritaire
Née en septembre 2023, l’Alliance des États du Sahel a franchi un cap en juillet 2024 en se transformant en confédération. Les trois pays, dirigés par des régimes militaires issus de coups d’État successifs, ont définitivement tourné la page de la Cédéao en janvier 2025.
Deux jours après cette cérémonie, la deuxième session ordinaire de la Conférence des chefs d’État de l’AES doit se tenir à Bamako. La FU-AES y sera sans doute au cœur des discussions, comme l’instrument central d’une ambition assumée : refonder la sécurité du Sahel par et pour les États sahéliens.
La Rédaction

