Clôturé hier à Tunis, le 6ᵉ Forum africain sur les Femmes, la Paix et la Sécurité laisse derrière lui une rupture qui pourrait redessiner l’avenir du continent. Pendant plus de vingt ans, les femmes africaines ont revendiqué une place dans les processus de paix. Désormais, elles s’attaquent à un enjeu plus décisif : la gouvernance de la sécurité elle-même.
Tunis n’a donc pas seulement accueilli un événement institutionnel ; la capitale tunisienne a vu naître une nouvelle doctrine, où la paix ne se négocie plus sans la main qui détient l’autorité.
De la représentation à l’exercice du pouvoir
Depuis l’adoption de la Résolution 1325, l’Afrique a multiplié médiations, engagements communautaires, plans nationaux. Mais ce forum marque un passage à une phase plus politique. L’enjeu n’est plus la présence des femmes, mais leur accès au commandement des politiques sécuritaires : renseignement, cybersécurité, négociation avec les groupes armés, élaboration des lois antiterroristes.
Une conception élargie de la sécurité
Les interventions ont montré que la sécurité en Afrique ne peut plus être uniquement militaire. Elle dépend aussi :
•du contrôle des trafics transfrontaliers
•de la cybersécurité et des contenus numériques militants
•des impacts du changement climatique sur les conflits
•des migrations forcées et de l’économie informelle exploitée par les groupes criminels
Dans ces domaines, les femmes disposent d’un avantage stratégique : elles observent, elles administrent les marchés, elles gèrent les communautés locales, elles perçoivent les signaux que les structures sécuritaires classiques ignorent.
Tunis, laboratoire d’une nouvelle ère
Plusieurs pays ont annoncé la révision de leurs plans nationaux 1325, avec l’idée de les rendre contraignants, afin de donner un caractère obligatoire à la présence féminine aux postes de sécurité. Ce glissement transforme la 1325 : de recommandation morale, elle devient outil juridique et politique.
Le forum de Tunis pourrait ainsi rester dans l’histoire comme le moment où l’Afrique n’a plus demandé l’inclusion féminine dans la paix, mais affirmé l’autorité féminine dans la sécurité.
La Rédaction

