Un dossier explosif qui relance le débat sur la responsabilité des multinationales en zone de conflit
Une ONG allemande relance la polémique autour des opérations gazières au nord du Mozambique. Le European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) a annoncé avoir déposé une plainte devant le parquet national antiterroriste français, visant TotalEnergies pour « complicité de crimes de guerre » liés à son méga-projet gazier de Cabo Delgado.
Des accusations centrées sur la période 2021
La procédure, déposée lundi, se concentre sur des abus présumés commis entre juillet et septembre 2021 par une force opérationnelle conjointe (JTF). Ce groupement militaire, composé de soldats mozambicains, était chargé de sécuriser le site de gaz naturel liquéfié opéré par TotalEnergies avant sa suspension à la suite d’une attaque jihadiste.
Selon l’ECCHR, des témoignages et documents internes évoquent des actes de torture, des violences extrêmes et le meurtre de civils dans les environs du projet gazier de Cabo Delgado, une région régulièrement secouée par l’insurrection armée. L’ONG affirme que l’entreprise était informée, dès 2020, de graves accusations visant ces forces de sécurité.
Des civils enfermés, torturés et exécutés
Les révélations les plus choquantes proviennent d’informations publiées par le média Politico. D’après leurs sources, jusqu’à 250 civils auraient été enfermés dans des conteneurs pendant plusieurs mois, accusés sans preuve de soutien aux groupes jihadistes. Battus, torturés et parfois exécutés, seuls 26 d’entre eux auraient survécu.
L’ECCHR estime que ces exactions ont été rendues possibles par le soutien matériel apporté par TotalEnergies à la JTF chargée de protéger ses installations, un soutien qui aurait continué malgré les alertes documentées sur les violations répétées des droits humains.
TotalEnergies rejette toute implication
De son côté, Mozambique LNG — l’entité qui porte le projet gazier — affirme n’avoir aucune information confirmant la réalité de ces faits. L’entreprise assure n’avoir eu connaissance ni des détentions, ni des abus dénoncés par les ONG.
Pour l’ECCHR, la responsabilité d’une multinationale ne peut être évacuée sous prétexte de l’instabilité locale. L’organisation rappelle que les entreprises opérant dans des zones de conflit « ne sont pas des acteurs neutres » et doivent assumer les conséquences de leurs choix lorsqu’elles coopèrent avec des forces armées déjà mises en cause pour des violations systématiques des droits humains.
Un projet stoppé, un bras de fer en cours
Depuis 2021, le projet gazier géant est à l’arrêt. Plusieurs ONG accusent désormais TotalEnergies de maintenir le Mozambique sous pression en exigeant des conditions particulièrement favorables avant toute reprise des opérations. Le groupe détient 26,5 % du projet et prévoit, en cas de feu vert, un redémarrage de la production à l’horizon 2029.
Mais cette relance dépend d’un nouveau plan budgétaire, marqué par 4,5 milliards de dollars de surcoûts liés aux retards. Le gouvernement mozambicain devrait couvrir ces dépenses, ce qui fait craindre à de nombreux acteurs de la société civile une mise sous dépendance économique du pays vis-à-vis de la multinationale française.
Une affaire qui pourrait faire jurisprudence
Si la justice française décide d’ouvrir une enquête, l’affaire pourrait devenir un précédent majeur sur la responsabilité pénale de grandes entreprises opérant dans des zones de guerre. Pour les ONG, l’enjeu est clair : établir que soutenir une force armée accusée de violations graves des droits humains constitue, au minimum, une contribution à ces crimes.
La Rédaction

