L’Afrique subsaharienne s’apprête à franchir un tournant majeur dans la lutte contre le VIH avec l’introduction du lénacapavir, une injection semestrielle qui pourrait transformer durablement les stratégies de prévention. Les premières livraisons ont été effectuées en Eswatini, marquant le début d’un déploiement continental attendu depuis plusieurs années par les acteurs de la santé publique.
Un traitement préventif inédit pour réduire les nouvelles infections
Le lénacapavir, développé par Gilead Sciences, repose sur une technologie qui permet de prévenir l’infection par le VIH grâce à seulement deux injections par an. Cette simplicité d’utilisation, couplée à une efficacité très élevée démontrée dans les essais cliniques, en fait l’un des outils les plus prometteurs pour réduire l’incidence du virus dans les régions les plus touchées.
Les autorités américaines, en collaboration avec le Fonds mondial et Gilead, ont lancé une nouvelle phase d’appui aux pays africains en mettant à disposition des doses destinées aux groupes les plus exposés. L’Eswatini, nation qui demeure l’une des plus durement frappées au monde par le VIH, est le premier pays à en bénéficier.
Une efficacité qui change la donne
Lors de la présentation du programme, les responsables américains ont rappelé que les études menées sur le lénacapavir ont montré des résultats spectaculaires. Parmi les participants inclus dans les essais, aucun n’a contracté le VIH, un niveau de protection rarement observé dans le domaine de la prévention.
Cette performance a conduit l’Organisation mondiale de la Santé à recommander, dès juillet 2025, le lénacapavir comme nouvelle option de prophylaxie préexposition (PrEP). L’OMS y voit même ce qui s’approche le plus d’un vaccin en attendant les avancées encore en cours dans la recherche.
Une mise en œuvre rapide et coordonnée
La distribution du médicament s’inscrit dans une stratégie américaine visant à renforcer les systèmes de santé africains. Pour 2026, les États-Unis et le Fonds mondial prévoient la mise à disposition de plus de 600 000 doses, toutes déjà réservées par les pays partenaires. Dix nations africaines sont concernées par la première phase.
En Eswatini, environ 6 000 personnes à haut risque bénéficieront du traitement dès le lancement du programme, notamment celles exposées à la transmission mère-enfant. Le PEPFAR, principal programme américain de lutte contre le sida, continue par ailleurs d’assurer la prise en charge de plus de 95 % des personnes vivant avec le VIH dans le pays.
Un accès élargi grâce aux génériques
Pour éviter que le coût ne soit un frein, Gilead fournira le lénacapavir sans marge bénéficiaire dans les pays les plus affectés. Le laboratoire a également octroyé des licences à six fabricants de génériques afin de permettre une production locale à partir de 2027, ce qui contribuera à réduire davantage les prix et à élargir l’accès au traitement.
Une avancée décisive dans une région toujours très touchée
En 2024, le monde comptait encore 1,3 million de nouvelles infections. L’Afrique représente 65 % des 40,8 millions de personnes vivant avec le VIH, confirmant l’urgence d’introduire de nouveaux outils de prévention. Le lénacapavir vient ainsi completer les autres solutions existantes, comme les comprimés oraux quotidiens, le cabotégravir injectable ou l’anneau vaginal de dapivirine.
Pour les spécialistes, l’arrivée rapide du lénacapavir sur le continent constitue un signal fort : il s’agit de l’un des premiers médicaments anti-VIH mis à disposition en Afrique la même année que son approbation aux États-Unis. Une accélération rare, qui pourrait marquer un point d’inflexion dans l’histoire de la lutte contre le virus.
La Rédaction

