Le Mali, pays de foi et de ferveur, voit l’une de ses plus anciennes traditions religieuses suspendue. Pour la première fois depuis près de soixante ans, le pèlerinage national de Kita n’aura pas lieu. L’annonce, tombée comme une sentence, traduit bien plus qu’une crise logistique : elle dit la fragilité d’un pays meurtri, où même la prière se heurte désormais à la guerre et au manque.
Dans un communiqué sobre, diffusé mardi 11 novembre, la Conférence épiscopale du Mali a confirmé l’annulation de la 54ᵉ édition du pèlerinage prévue les 29 et 30 novembre. « Les difficultés liées au transport des pèlerins, dues au manque d’approvisionnement régulier en carburant », ont contraint l’Église à renoncer à ce grand rassemblement spirituel placé sous le thème « Pèlerins de l’espérance ».
Le symbole est lourd. Depuis 1966, des milliers de croyants convergent chaque année vers le sanctuaire de Kita, la plus ancienne paroisse du pays, pour prier devant la statue de Notre-Dame du Mali, façonnée dans la terre rouge d’un marigot local. Là, dans ce haut lieu de recueillement, la foi catholique se mêle à la mémoire nationale, rappelant que même dans la tourmente, l’espérance ne meurt pas.
Mais cette année, les routes vers Kita sont devenues des pièges. Depuis septembre, les groupes jihadistes du Jnim, affiliés à al-Qaïda, multiplient les attaques contre les camions-citernes, plongeant le pays dans une pénurie de carburant inédite. Les villes manquent d’essence, les transports s’arrêtent, et avec eux, les pèlerinages.
« C’est une immense tristesse », confie un fidèle de Bamako, ému. « Kita n’est pas seulement une destination spirituelle, c’est un souffle collectif. Mais aujourd’hui, même la foi doit composer avec la peur et la rareté. » D’autres, plus pragmatiques, saluent une décision « sage et responsable », estimant qu’aucune ferveur ne justifie de mettre des vies en danger.
Cette annulation dépasse le seul cadre religieux. Elle révèle une réalité plus profonde : celle d’un État malien affaibli, où la crise sécuritaire contamine peu à peu chaque pan de la vie sociale. Quand l’essence manque, ce n’est pas seulement la mobilité qui s’arrête, c’est la foi d’un peuple qu’on empêche de se rassembler.
À Kita, les cierges resteront éteints cette année. Mais pour beaucoup, cette flamme suspendue n’est pas éteinte — elle attend seulement que revienne la paix.
La Rédaction

