Au fil des fouilles archéologiques en Grande-Bretagne, des objets de toilette datant de l’époque romaine refont surface, offrant un éclairage fascinant sur les habitudes d’hygiène d’autrefois. Parmi eux, une cinquantaine de pinces à épiler, des nécessaires de toilette complets et un cure-ongles vieux de plus de 1 500 ans retrouvé dans le Gloucestershire attirent particulièrement l’attention. Ces découvertes remontent à la période où l’île était intégrée à l’Empire romain, de l’invasion de 43 apr. J.-C. jusqu’au Ve siècle.
C’est à travers les thermes publics que les Romains ont diffusé leurs pratiques d’hygiène dans l’ensemble de l’Empire. « Les bains municipaux étaient le vecteur principal de ces habitudes, et la pince à épiler, par exemple, n’existait pas en Grande-Bretagne avant l’arrivée romaine », précise Cameron Moffett, conservateur pour English Heritage. Si certains outils, comme la pince à épiler, sont encore familiers, d’autres paraissent plus insolites, à l’image du strigile, un racloir en bronze utilisé pour retirer l’huile, la sueur et les impuretés de la peau.
Les soins des ongles se pratiquaient à domicile, aux bains publics, et parfois chez le barbier, comme le rapporte le poète Horace au Ier siècle av. J.-C. : « Dans la boutique solitaire d’un barbier, un homme frais rasé, un petit couteau à la main, se coupait tranquillement les ongles ». Les Romains utilisaient des couteaux ou des cisailles pour cette tâche, tandis que le cure-ongles découvert dans le Gloucestershire, en forme de V, semble être une création unique à la Grande-Bretagne romaine, sans équivalent sur le continent.
L’épilation représentait également une tendance marquante chez les élites romaines. Les poils indésirables étaient retirés par la personne elle-même ou par un domestique, aux bains publics ou à domicile. Sénèque, philosophe du Ier siècle apr. J.-C., évoque avec ironie ces pratiques dans ses lettres, soulignant le vacarme provoqué par les épileurs. Bien que le philosophe exagère pour dénoncer le luxe et la détente associés aux bains, cette pratique était répandue et témoigne de l’importance accordée à la propreté corporelle à Rome.
Le strigile, souvent en bronze, servait à racler l’huile appliquée sur le corps, après une séance de sport ou de transpiration dans les thermes. Des nécessaires de toilette combinant strigile et flasques d’huile ont été retrouvés sur de nombreux sites romains, de Rome à la Bulgarie. Certains contenants uniques, comme celui en forme de tête d’homme découvert dans une sépulture bulgare du IIIe siècle, servaient à transporter l’huile pour le raclage du corps. Les strigiles placés dans certaines tombes, surnommées « Tombe de l’Athlète », témoignent de l’usage de ces outils par les sportifs romains.
Quant aux oreilles, les Romains utilisaient des « cure-oreilles », des objets pointus ou spatulés en bronze, en verre ou en os, destinés à nettoyer ou à prélever des huiles et parfums. Ces accessoires, souvent associés à des kits comprenant pinces à épiler et cure-ongles, permettaient une toilette complète et étaient facilement transportables.
Ces découvertes révèlent à quel point les Romains accordaient de l’importance à l’hygiène corporelle et montrent que certaines de leurs pratiques, bien que parfois douloureuses ou surprenantes, ont durablement influencé les rituels de soins personnels dans l’histoire de l’Occident.
La Rédaction
Références historiques et littéraires :
– Horace, Satires (vers 35 av. J.-C.)
– Sénèque, Lettres à Lucilius (Ier siècle apr. J.-C.)
– Pline l’Ancien, Histoire naturelle (77 apr. J.-C.)
– Martial, Épigrammes (Ier siècle apr. J.-C.)
– Celse, De Medicina (Ier siècle apr. J.-C.)

