La chute des devises africaines alourdit les budgets publics, et les prêts en monnaies locales émergent comme solution stratégique.
Alors que la dette des pays africains atteint des niveaux record, la volatilité des devises locales se révèle être un facteur aggravant majeur. Makhtar Diop, directeur général de la Société financière internationale (SFI), filiale du Groupe de la Banque mondiale, plaide pour un élargissement des prêts libellés en monnaies locales. Cette approche vise à créer des projets suffisamment volumineux pour séduire les investisseurs institutionnels internationaux et alléger le poids de la dette.
« Lorsque nos actifs sont inférieurs à un milliard de dollars, ils n’intéressent pas les investisseurs », a expliqué M. Diop lors de la conférence de l’AFIS à Casablanca le 4 novembre. « Pour mobiliser des ressources à long terme, il faut atteindre un certain volume d’actifs afin d’attirer des acteurs comme BlackRock et d’autres grands fonds internationaux. »
La SFI souligne que les prêts en monnaies locales offrent une protection essentielle contre les fluctuations des taux de change, l’un des principaux moteurs du surendettement en Afrique. L’an dernier, le continent a représenté plus de 15 milliards de dollars d’engagements de la SFI, essentiellement sous forme de dettes et de financements commerciaux. Près de 30 % du portefeuille actuel de l’institution est déjà libellé en devises locales. La SFI cherche également à établir des partenariats avec les banques commerciales pour convertir des ressources en dollars en lignes de crédit locales. Selon M. Diop, une meilleure interopérabilité des bourses régionales pourrait stimuler l’épargne domestique et attirer des investisseurs à long terme.
Pression sur les finances publiques
Le Bureau du Conseiller spécial des Nations Unies pour l’Afrique (OSAA) rappelle que les conditions financières mondiales, aggravées par la pandémie de COVID-19, pèsent lourdement sur les économies africaines. « Le durcissement des financements internationaux a limité l’accès aux marchés financiers, réduit les marges de manœuvre budgétaires et fait exploser le service de la dette », note l’OSAA.
En 2024, le service de la dette africaine a atteint près de 90 milliards de dollars, un niveau qui étouffe les budgets publics et freine les investissements dans la santé, l’éducation et les infrastructures. Vingt-cinq pays africains étaient alors en situation de surendettement.
Dépréciation monétaire : un moteur de la crise
Plus de 70 % de la hausse de la dette africaine en 2023 résulte de la dépréciation des monnaies locales. Cette chute des devises a fait grimper le coût de la dette extérieure, menaçant la stabilité financière. Certaines monnaies ont perdu jusqu’à 40 % de leur valeur, comme la livre égyptienne, le cedi ghanéen ou le leone sierra-léonais, tandis que le kwacha malawite s’est déprécié de 25 % en 2022 et de 44 % supplémentaires en 2023.
Malgré les programmes d’allègement de dette, la volatilité des devises reste un obstacle structurel. L’OSAA souligne que le recours accru aux prêts en monnaies locales pourrait stabiliser les finances publiques, protéger contre la dépréciation monétaire et renforcer la viabilité de la dette à long terme. Aujourd’hui, plus de 80 % des prêts accordés aux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire par les banques multilatérales et institutions financières internationales sont encore libellés en devises fortes, transférant le risque de change aux États et accentuant leur vulnérabilité budgétaire.
En favorisant des mécanismes financiers en monnaies locales, les pays africains pourraient bâtir une résilience durable, sécuriser leurs budgets et utiliser la dette comme un levier pour soutenir le développement économique et atteindre les Objectifs de développement durable (ODD).
La Rédaction

