Lors du sommet annuel de sécurité de Manama, Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats arabes unis, a reconnu publiquement que la communauté internationale — y compris son pays — avait commis des erreurs majeures dans la gestion du conflit soudanais. Ce rare aveu intervient dans un contexte de tensions croissantes et de soupçons visant Abou Dhabi.
Un aveu diplomatique inédit
« Nous avons tous commis une erreur lorsque les deux généraux qui mènent aujourd’hui la guerre civile ont renversé le gouvernement. Avec le recul, c’était une erreur grave », a déclaré Anwar Gargash. Selon lui, l’empressement à lever les sanctions américaines contre le Soudan aurait conduit la communauté internationale à fermer les yeux sur le coup d’État militaire de 2021, marquant la fin de la fragile transition civile amorcée après la chute d’Omar el-Béchir.
Les Émirats dans la tourmente
Ces déclarations surviennent alors que les Émirats arabes unis sont accusés par Khartoum et par plusieurs ONG internationales de soutenir les Forces de soutien rapide (FSR), milice paramilitaire engagée dans une guerre fratricide contre l’armée régulière soudanaise.
Abou Dhabi nie toute implication militaire, affirmant n’apporter qu’une aide humanitaire. Mais les appels au boycott de Dubaï et d’Abou Dhabi se multiplient sur les réseaux sociaux, notamment au Soudan et dans la diaspora.
Le Darfour à nouveau ravagé
La semaine dernière, les FSR ont pris le contrôle d’el-Fasher, capitale du Darfour-Nord et dernier bastion stratégique de l’armée dans la région. Cette victoire marque une « terrible escalade » du conflit, selon le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Elle fait redouter une nouvelle partition du pays, quinze ans après la sécession du Sud-Soudan en 2011.
La guerre au Soudan a déjà fait plus de 40 000 morts et déplacé plus de 14 millions de personnes, provoquant ce que les Nations unies qualifient de pire crise humanitaire au monde.
Un appel à une transition civile
Face à ce désastre, Anwar Gargash a plaidé pour un cessez-le-feu humanitaire de trois mois, suivi de négociations en vue de la formation d’un gouvernement civil de transition d’ici neuf mois.
« Dissipons le brouillard et voyons si les généraux sont prêts à céder le pouvoir à un gouvernement civil. C’est vraiment le cœur de la question », a-t-il affirmé, esquissant un rare signal d’autocritique et d’ouverture au dialogue.
La Rédaction

