Un nouveau rapport de l’ONG Sea-Watch révèle une multiplication alarmante des attaques des garde-côtes libyens et des milices contre les migrants et les travailleurs humanitaires en Méditerranée centrale. Ces révélations interviennent alors que l’Union européenne prépare des réunions diplomatiques cruciales avec les autorités libyennes cette semaine.
Une violence croissante en Méditerranée
Selon Sea-Watch, 60 incidents violents ont été recensés depuis 2016, dont 54 dans les eaux internationales relevant des zones de recherche et de sauvetage maltaises ou libyennes. Les chiffres montrent une nette escalade : de trois incidents en 2016, ils sont passés à 11 en 2023 et 2024, avec neuf autres incidents identifiés sur les neuf premiers mois de 2025. L’ONG estime que de nombreux cas restent non signalés.
Ces attaques mettent en lumière les dangers encourus par les migrants traversant la Méditerranée centrale et soulèvent des questions sur l’efficacité et l’éthique du partenariat de l’UE avec les autorités libyennes.
Un partenariat européen controversé
L’Union européenne finance et coopère avec les garde-côtes libyens dans le cadre du programme SIBMMIL, visant à gérer les flux migratoires. Toutefois, certains députés européens dénoncent les « violations flagrantes des droits humains » commises par Tripoli, incluant la traite des êtres humains, le travail forcé, la famine, les violences sexuelles et la torture.
Dans une lettre adressée aux commissaires européens, ces parlementaires appellent à suspendre le financement des forces de sécurité libyennes et à réorienter l’aide vers la société civile et les organisations internationales.
Témoignages récents et incidents en mer
Des événements récents confirment ces inquiétudes. En août, le navire Ocean Viking a été pris pour cible par un patrouilleur libyen pendant 20 minutes, endommageant le pont et le matériel de sauvetage. En septembre, un autre navire, le Sea-Watch 5, a été attaqué lors d’une opération de secours. Plus récemment, Alarmphone a rapporté qu’un bateau transportant plus de 100 personnes avait essuyé des tirs dans la zone de recherche et de sauvetage de Malte, provoquant au moins deux morts.
Depuis 2016, plus de 169 000 personnes ont été interceptées et renvoyées en Libye, où l’ONU a documenté détentions, abus et actes de torture systématiques, qualifiant ces interceptions de violations graves des droits humains.
Une Libye divisée et un contrôle limité
La Libye reste politiquement divisée depuis la chute de Kadhafi en 2011, avec un gouvernement reconnu par l’ONU à Tripoli et un gouvernement rival à Benghazi, soutenu par la Russie. Les garde-côtes libyens, bien que nominalement sous l’autorité de Tripoli, opèrent via un réseau de milices avec peu de contrôle central. Certaines de ces milices ont été impliquées à plusieurs reprises dans la traite et la contrebande d’êtres humains, ainsi que dans des abus violents en mer.
L’Union européenne maintient que sa coopération est « nécessaire » pour sauver des vies en mer, malgré les critiques croissantes et les appels à suspendre l’aide aux autorités libyennes.
La Rédaction

