Octobre 2025 marque la huitième année depuis le début de l’insurrection armée dans la province septentrionale de Cabo Delgado, où les attaques se produisent presque quotidiennement, le terrorisme continuant de menacer gravement les communautés locales.
Malgré une réponse presque exclusivement militaire, avec le déploiement des forces étatiques, de sociétés militaires privées et de troupes étrangères, le gouvernement n’a pas réussi à neutraliser la menace, souligne Borges Nhamirre, consultant à l’Institut des études de sécurité. Selon lui, la principale cause de l’échec réside dans l’absence d’une stratégie globale capable de s’attaquer aux causes profondes du conflit. Bien que soutenue par l’État islamique, l’insurrection de Cabo Delgado est largement alimentée par des facteurs locaux, notamment l’exclusion sociale, politique et économique par le gouvernement central à Maputo.
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Le conflit a provoqué une crise humanitaire majeure. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), près de 22 000 personnes ont été contraintes de fuir en une seule semaine fin septembre 2025, marquant un tournant dans le nord du pays. Depuis le début du conflit en 2017, plus de 1,3 million de Mozambicains ont été déplacés, souvent plusieurs fois, pris entre insécurité et destruction de leurs moyens de subsistance.
« Pour la première fois depuis le début du conflit, l’ensemble des 17 districts de Cabo Delgado – épicentre de la violence – ont été directement affectés par des attaques simultanées, répandant peur et instabilité », explique Xavier Creach, représentant du HCR au Mozambique. Beaucoup de déplacés récents étaient autrefois des hôtes ayant accueilli d’autres familles, et se retrouvent désormais eux-mêmes déracinés.
Sécurité et vulnérabilités
Les civils continuent d’être ciblés par des meurtres, enlèvements et violences sexuelles. Les enfants sont particulièrement touchés par le recrutement forcé et les attaques des groupes armés non étatiques. Les femmes et les filles sont exposées aux violences domestiques et sexuelles, surtout lorsqu’elles s’éloignent des sites de déplacement pour chercher de l’eau ou du bois. Les personnes âgées et handicapées rencontrent de grandes difficultés pour fuir, certaines étant laissées sur place.
Le HCR alerte également sur la détresse psychologique profonde des déplacés, nécessitant un soutien psychosocial urgent.
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Une situation humanitaire complexe
Au-delà de la violence, les familles subissent les effets combinés de cyclones répétés, d’inondations et de sécheresses prolongées. Les moyens de subsistance sont détruits, les prix alimentaires augmentent et l’accès aux services de base reste limité. Le conflit et les catastrophes climatiques créent un cercle vicieux de vulnérabilité difficile à briser.
Malgré des financements mondiaux restreints – seulement 66 millions de dollars reçus sur 352 millions nécessaires cette année – le HCR et ses partenaires continuent de soutenir les populations déplacées, notamment par des points d’assistance pour identifier les besoins spécifiques, fournir des conseils et un soutien psychologique, distribuer des kits d’hygiène et aider au remplacement des documents perdus.
« Huit ans après le début du conflit, la récente recrudescence de la violence rappelle que la crise dans le nord du Mozambique est loin d’être terminée », conclut Xavier Creach. Des milliers de familles continuent de reconstruire pour perdre à nouveau leurs maisons, et l’appel à la communauté internationale pour soutenir le Mozambique reste crucial.
La Rédaction

