À Madagascar, la sécheresse s’est transformée en malédiction silencieuse. Depuis plusieurs années, le Grand Sud fait face à une dégradation climatique intense : des saisons sèches prolongées, des récoltes anéanties, des pénuries alimentaires récurrentes. Face à cet effondrement environnemental, les populations locales – notamment les Antandroy, peuple d’éleveurs et d’agriculteurs – sont contraintes de tout abandonner pour survivre ailleurs, souvent à plus de 1 000 kilomètres de leurs terres.
Ces déplacements, autrefois ponctuels et saisonniers, deviennent désormais définitifs, redéfinissant les dynamiques internes du pays. Pourtant, ces migrations climatiques massives se font dans l’indifférence presque totale des pouvoirs publics.
Des déplacements massifs et invisibilisés
Entre 2018 et 2024, près de 90 000 personnes ont fui le sud du pays, en particulier la région aride d’Androy. Ces exils, souvent vers la région de Boeny dans le nord, s’effectuent dans des conditions extrêmes : familles éclatées, trajets par étapes, nuits passées dans les marchés ou en pleine forêt, et une absence totale de soutien logistique ou institutionnel.
Le rapport accablant d’Amnesty International
Dans un rapport publié le 30 juillet 2025, Amnesty International alerte sur l’inaction de l’État malgache face à cette crise humaine aggravée par le changement climatique. L’organisation dénonce une absence d’assistance aux déplacés : pas de transports organisés, pas de logements d’accueil, pas d’accès aux terres cultivables à l’arrivée.
« Il n’existe aucun plan de prise en charge pour les victimes de la sécheresse dans le Grand Sud », déplore Arnold Nciko, chercheur d’Amnesty. Il évoque également des cas d’exploitation tragiques pendant ces trajets, comme celui d’une famille contrainte de livrer son enfant à un chauffeur en échange d’un passage en bus. Ces récits soulignent la brutalité silencieuse d’une migration sans filet de sécurité.
Une migration devenue permanente
Arrivés dans la région plus fertile de Boeny, les Antandroy tentent de reconstruire des communautés. Certains se sont installés près du parc national d’Ankarafantsika, sur une zone de reboisement. Mais plusieurs familles ont ensuite été expulsées, révèle Amnesty, ce qui constitue une violation de leur droit à la libre circulation et à la résidence.
Ces déplacements marquent un tournant : la migration climatique n’est plus temporaire, elle est structurelle, inscrite dans la géographie du dérèglement climatique.
Une histoire coloniale encore brûlante
Le rapport va plus loin en retraçant les racines de cette vulnérabilité. Il met en cause les autorités coloniales françaises qui, dans les années 1930, ont détruit des dizaines de milliers d’hectares de cactus, une ressource vitale pour les Antandroy, riche en eau et en nutriments. Une décision qui a durablement fragilisé la résilience de cette population face aux sécheresses.
Quelle responsabilité pour l’État malgache ?
Amnesty International exhorte le gouvernement malgache à reconnaître et intégrer les déplacés climatiques dans ses stratégies de réponse au changement climatique, comme il le fait déjà pour les victimes de cyclones. Le silence actuel constitue une négligence coupable, selon l’ONG.
Madagascar se trouve à la croisée des chemins. La question n’est plus de savoir si les migrations climatiques vont continuer, mais de savoir comment les encadrer humainement et légalement. L’histoire des Antandroy, contrainte à l’exode et à l’invisibilité, doit être entendue comme un avertissement pour tout le continent africain, en première ligne face au réchauffement climatique.
La Rédaction

