En 2025, alors que la transition énergétique mondiale accélère la ruée vers les métaux stratégiques africains, un nom continue de hanter les couloirs du pouvoir et les rapports confidentiels des institutions internationales : Dan Gertler. L’homme d’affaires israélien, accusé de s’être enrichi de manière opaque dans le secteur minier congolais, incarne à lui seul les dérives d’un système où la richesse d’un pays ne profite pas à sa population, mais à des réseaux transnationaux verrouillés.
Une affaire ancienne, mais des effets toujours actifs
Dan Gertler a bâti sa fortune en RDC, nouant des liens étroits avec le régime de Joseph Kabila. Il a obtenu des droits miniers majeurs – cuivre, cobalt, diamants – dans des conditions souvent opaques. Déjà sanctionné par les États-Unis en 2017 et 2018, il reste au cœur des controverses, malgré ses dénégations répétées de toute malversation.
En 2024, des documents confidentiels révélés par la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) et publiés par Bloomberg ont relancé le scandale. On y découvre Gertler lui-même, reconnaissant avoir utilisé un intermédiaire du clan Kabila pour redistribuer de l’argent à des communautés locales — un geste déguisé de patronage, intervenu alors qu’il sécurisait des contrats miniers extrêmement lucratifs.
Cette stratégie lui aurait, selon ses propres mots, permis de devenir « un roi au Congo ».
Une affaire qui continue de façonner les équilibres
Ce scandale, loin d’appartenir au passé, soulève en 2025 des enjeux critiques. D’abord parce qu’il touche au cobalt, un minerai devenu essentiel dans la transition énergétique mondiale. La RDC en détient plus de 60 % des réserves connues, et plusieurs permis accordés à Gertler sont toujours actifs ou revendiqués, à travers un enchevêtrement de sociétés-écrans. Ce contexte rend extrêmement difficile l’établissement de chaînes d’approvisionnement réellement éthiques.
Ensuite, l’affaire révèle les limites de l’appareil judiciaire congolais, malgré les efforts affichés par le président Félix Tshisekedi pour améliorer la transparence dans le secteur minier. Jusqu’à présent, aucune procédure nationale n’a pu aboutir à une restitution des actifs ou à une annulation formelle des accords problématiques. Cette inertie alimente un sentiment d’impunité chez les populations, et fragilise les réformes engagées.
Au-delà du cas Gertler, c’est tout un système transnational de prédation qui est mis en lumière. Des dizaines d’opérateurs similaires, souvent moins connus, bénéficient encore aujourd’hui de contrats léonins négociés à huis clos. L’opacité financière, les paradis fiscaux, l’influence politique et les failles institutionnelles locales rendent les contre-pouvoirs quasiment inopérants.
L’affaire met aussi les pays occidentaux face à leurs contradictions. Alors qu’ils prétendent construire une économie plus verte et plus juste, leurs entreprises restent indirectement liées à des filières contaminées par la corruption. La crédibilité des politiques climatiques en Afrique passe aussi par la transparence des chaînes d’approvisionnement — un domaine où le nom de Gertler agit comme un révélateur gênant.
Enfin, cette affaire ravive des tensions diplomatiques entre l’Afrique, Israël et les États-Unis. Alors que Washington avait sanctionné Gertler, un allègement temporaire des sanctions sous l’administration Trump a semé le doute sur la sincérité de l’engagement américain. Quant à Israël, dont plusieurs ressortissants ont été impliqués dans des scandales similaires sur le continent, son image est écornée, au moment même où il cherche à renforcer ses partenariats économiques africains.
Un dossier miroir du présent
En 2025, Dan Gertler n’est pas seulement un homme d’affaires du passé. Il reste une figure centrale pour comprendre les mécanismes actuels de la mainmise sur les ressources africaines. Par sa visibilité, il agit comme un révélateur des failles de gouvernance, des duplicité diplomatiques et de la vulnérabilité structurelle des économies africaines dans la chaîne mondiale de valeur.
Tant que l’affaire Gertler restera sans suite judiciaire concrète sur le continent, elle rappellera une vérité dérangeante : au cœur de la plus grande richesse minérale de la planète, l’Afrique peine toujours à imposer ses propres règles.
La Rédaction

