Une découverte exceptionnelle éclaire les racines génétiques de l’Égypte ancienne. Dans une étude publiée mercredi dans la prestigieuse revue Nature, des chercheurs ont révélé l’existence de liens inattendus entre les peuples de la vallée du Nil et ceux de la Mésopotamie, à partir de l’analyse de l’ADN d’un homme ayant vécu il y a environ 4 800 ans.
Un squelette unique, préservé dans un pot funéraire
C’est dans une chambre taillée dans la roche, sur le site funéraire de Nuwayrat, que ce squelette a été exhumé. L’homme reposait dans un pot scellé, une pratique funéraire rare, témoin du soin apporté à cette inhumation. Les scientifiques ont prélevé deux dents pour séquencer son génome, avec une extrême prudence, comme le souligne Pontus Skoglund, responsable du laboratoire de génomique ancienne de l’Institut Francis Crick à Londres :
« Nous n’utilisons que quelques milligrammes, souvent l’équivalent d’un dé à coudre de poudre osseuse. L’objectif est de préserver le squelette au maximum pour le patrimoine culturel. »
L’ADN révèle une mosaïque d’origines
Le génome ainsi extrait a livré des résultats fascinants. L’homme, décédé à environ 60 ans, présentait des signes d’arthrite. Les indices biologiques suggèrent qu’il aurait pu exercer un métier manuel, comme potier. Mais c’est surtout son héritage génétique qui intrigue :
• 80 % de son ADN est lié à des populations d’Afrique du Nord, notamment du Maroc actuel.
• 20 % proviennent de la Mésopotamie, dans la région du Croissant fertile, entre le Tigre et l’Euphrate.
Une époque charnière dans l’histoire de l’humanité
Cet individu a vécu aux prémices de l’Ancien Empire égyptien, une ère marquée par l’unification de la Haute et de la Basse Égypte, la stabilité politique et le développement monumental, dont les pyramides de Gizeh sont l’emblème. À la même période, en Mésopotamie, fleurissaient les premières cités-États et l’écriture cunéiforme.
Pour les chercheurs, cette double appartenance génétique n’est pas anodine. Elle témoigne de migrations anciennes et de brassages culturels étendus :
« Lorsqu’il y a des innovations majeures, comme l’apparition de l’agriculture, les populations bougent », explique Pontus Skoglund.
« Comprendre la mobilité à cette époque est essentiel pour retracer les origines de la civilisation égyptienne. »
Une quête scientifique de longue haleine
Ce squelette, retrouvé en 1902 – vingt ans avant la découverte du tombeau de Toutankhamon – est devenu une pièce maîtresse pour les chercheurs qui, depuis plus de cinquante ans, cherchent à reconstituer le génome des anciens Égyptiens. Cette avancée marque une étape majeure, mais elle n’est qu’un début :
« Il nous faut encore analyser d’autres échantillons pour affiner notre compréhension des dynamiques génétiques et culturelles de cette époque », concluent les auteurs.
La Rédaction
Pour aller plus loin
• Étude originale publiée dans Nature (juillet 2025) sur le génome ancien égyptien.
• Institut Francis Crick : recherches sur la génomique ancienne et interventions de Pontus Skoglund.
• Université John Moores de Liverpool : bioarchéologie et analyses du squelette (Joel Irish).
• Articles de vulgarisation scientifique sur BBC News Science et Reuters (juillet 2025).

