Human Rights Watch dénonce des exécutions sommaires et disparitions forcées depuis janvier 2025
Depuis janvier 2025, l’armée malienne et des membres du groupe paramilitaire russe Wagner sont accusés d’avoir mené des opérations meurtrières visant des civils de l’ethnie peule dans plusieurs régions du Mali. Dans un rapport alarmant publié ce mardi, l’ONG Human Rights Watch (HRW) évoque « des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées », imputées à ces forces engagées dans la lutte antiterroriste.
Une communauté stigmatisée et ciblée
Les Peuls, régulièrement soupçonnés de collusion avec les groupes jihadistes dans le Sahel, subissent depuis des années une violence accrue de la part des forces militaires nationales. HRW affirme que les forces armées maliennes, appuyées par Wagner, les auraient spécifiquement visées en raison de ces soupçons. « Les soldats maliens et les combattants du groupe Wagner ont accusé la communauté peule de collaborer avec des groupes armés islamistes », indique l’ONG dans son communiqué.
Exécutions et disparitions documentées
Le rapport documente des exécutions extrajudiciaires, des enlèvements, des incendies de maisons, des disparitions et des cas de torture, notamment dans les régions de Douentza, Kayes, Ségou et Tombouctou. Parmi les cas les plus marquants figure celui du village de Sebabougou, dans la région de Kayes, où 65 éleveurs et marchands de bétail peuls auraient été exécutés en avril par des soldats maliens et des mercenaires de Wagner.
Selon HRW, au moins 12 hommes peuls ont été exécutés et 81 autres portés disparus depuis le début de l’année. Ces données proviennent de 29 entretiens menés à distance avec des témoins, chefs communautaires, journalistes et membres d’organisations internationales.
Wagner reconfiguré, mais toujours actif
Le groupe Wagner, présent au Mali depuis 2021 pour soutenir les opérations antijihadistes, a officiellement mis fin à sa mission en juin 2025. Cependant, ses contingents ont été intégrés à l’Africa Corps, une structure désormais placée sous le commandement direct du ministère russe de la Défense, prolongeant ainsi l’influence militaire de Moscou dans la région.
Appels à la justice internationale
Human Rights Watch exhorte l’Union africaine à exercer des pressions sur les autorités maliennespour garantir des enquêtes impartiales et la poursuite des auteurs présumés. « Les hauts responsables maliens et russes devraient être conscients qu’ils peuvent être tenus pour responsables des crimes commis par leurs soldats et leurs combattants », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior de HRW pour le Sahel.
L’organisation précise avoir saisi les ministères maliens de la Justice et de la Défense, sans obtenir de réponse à ce jour. Dans un contexte marqué par l’absence de contre-pouvoirs depuis les coups d’État successifs de 2020 et 2021, la junte militaire au pouvoir reste sourde aux critiques internationales sur sa gestion sécuritaire.
La Rédaction

