Une mémoire partielle de la colonisation
Alors que Paris se dit prête à restituer au Niger une partie des biens culturels pillés lors de la conquête coloniale, elle refuse toujours de reconnaître les massacres perpétrés par son armée à la fin du XIXe siècle. Une position dénoncée par les descendants des victimes et par plusieurs experts internationaux.
Une expédition sanglante effacée des mémoires
En 1899, la mission Voulet-Chanoine, expédition militaire française destinée à asseoir l’autorité coloniale de l’Afrique occidentale française (AOF), a semé la terreur du Sénégal jusqu’au Tchad. Le Niger a payé un lourd tribut à cette campagne. À Birni-N’Konni, plus de 400 civils ont été tués en une seule journée. D’autres villes, comme Tibiri et Zinder, furent saccagées, leurs habitants exécutés ou terrorisés. Des pendaisons publiques ont marqué les entrées des localités conquises.
Malgré l’ampleur des faits, cet épisode reste largement absent des manuels scolaires français. Au Niger, il est évoqué de manière marginale, ce que certains qualifient de “dissimulation bureaucratique”, selon le Guardian.
Une restitution sans reconnaissance
Le 19 juin 2025, la France a officiellement répondu à une demande d’éclaircissements formulée par un rapporteur spécial de l’ONU. Dans ce document diplomatique, elle se dit « ouverte au dialogue bilatéral » avec le Niger, notamment sur la question de la provenance des objets culturels pillés, mais ne formule aucune reconnaissance des exactions commises à l’époque.
Bernard Duhaime, rapporteur spécial des Nations unies, déplore cette posture : “La France n’a mené aucune enquête officielle ni reconnu les horreurs infligées aux communautés touchées.” Pour l’historien nigérien Mamoudou Djibo, une véritable réparation ne peut passer que par la reconnaissance claire des crimes coloniaux.
Des preuves accablantes, des demandes ignorées
Les preuves de ces massacres ne manquent pas. Les rapports du capitaine Voulet lui-même, les archives militaires françaises, ainsi que les travaux d’historiens nigériens documentent précisément les événements. L’avocate franco-sénégalaise Jelia Sané estime que le silence français s’apparente à une “censure mémorielle”, entravant l’accès à la vérité et à la justice.
Les communautés nigériennes touchées, représentées auprès de l’ONU, exigent désormais un accès complet aux archives françaises et la reconnaissance officielle des faits. Pourtant, Paris oppose le principe de non-rétroactivité du droit international, arguant que les traités relatifs aux crimes de guerre n’étaient pas en vigueur à l’époque des faits.
Une pression croissante en Afrique
Cette affaire intervient alors que la question des réparations coloniales prend une ampleur continentale. L’Union africaine a fait de la mémoire des crimes coloniaux le thème de l’année 2025. En 2021, la France avait reconnu ses responsabilités dans le génocide rwandais. L’Allemagne, de son côté, a reconnu un génocide en Namibie. Pourquoi pas la France pour les massacres du Niger ?
Les conclusions du rapport de l’ONU sur cette affaire sont attendues pour octobre 2025, devant l’Assemblée générale. D’ici là, les pressions diplomatiques et les attentes des sociétés civiles africaines continueront de monter.
La Rédaction

