Kigali, Rwanda
Alors que la recherche scientifique connaît des avancées majeures dans la lutte contre le VIH, les financements s’effondrent. À l’occasion de la 13ᵉ Conférence internationale de la Société internationale sur le sida (IAS 2025), chercheurs, militants et décideurs africains ont lancé un cri d’alarme depuis Kigali, dénonçant une menace réelle de recul après quatre décennies de progrès.
Une science en plein essor, freinée par des coupes budgétaires
Dr Beatriz Grinsztejn, présidente de l’IAS, a résumé le paradoxe actuel : des outils médicaux inédits – comme la PrEP injectable de longue durée, les traitements antirétroviraux simplifiés, ou encore la technologie ARN messager – émergent à un moment où l’aide internationale s’effondre.
Les coupes brutales dans les budgets, notamment américains, laissent présager six millions de nouvelles infections et quatre millions de décès supplémentaires liés au sida d’ici 2029, selon un rapport récent de l’ONUSIDA. « La science nous a menés jusqu’ici, elle doit continuer de nous guider », a insisté Grinsztejn, dénonçant également le manque de transparence dans les prix des nouveaux traitements.
L’Afrique au centre de la riposte mondiale
Le choix de Kigali comme lieu d’accueil n’était pas anodin. Pour Dr Jeanine Condo, co-présidente de l’événement, l’Afrique reste en première ligne face aux incertitudes politiques et aux difficultés financières. Pourtant, c’est aussi sur ce continent que l’on observe les réponses les plus audacieuses : augmentation des financements domestiques, innovations communautaires, engagement croissant des chercheurs locaux.
« Nous ne permettrons pas que la crise actuelle efface 40 ans de luttes », a déclaré Dr Condo. Elle a rappelé l’importance de passer de la dépendance à l’aide extérieure à une souveraineté sanitaire durable, via des partenariats régionaux et une meilleure mobilisation des ressources nationales.
Le « Kigali Call to Action » : un tournant stratégique
Ce cri du cœur s’est concrétisé dans le Kigali Call to Action, signé par des scientifiques, activistes et représentants politiques. Ce manifeste mondial dénonce notamment la suspension du soutien de PEPFAR, programme américain historique, et appelle à une mobilisation urgente pour sauvegarder les avancées réalisées.
Le directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a soutenu cette démarche : « Il est impensable de laisser s’effondrer un combat mené depuis deux décennies. Nous avons les outils pour vaincre le VIH – encore faut-il garantir leur accès à tous. »
Repenser la lutte : vers une indépendance sanitaire
Face à la crise, un message clair se dégage de l’IAS 2025 : transformer la dépendance en autonomie. Pour cela, l’Afrique ne demande pas la charité, mais des engagements durables, une équité dans l’accès aux traitements, et le respect des droits humains.
« L’ère de la solidarité ponctuelle est révolue. Ce combat doit être mené par et pour les communautés », a conclu Dr Condo.
La Rédaction

