L’engagement environnemental salué par l’Unesco, un modèle d’écotourisme en Afrique de l’Ouest
L’île de Tiwai, enclave verdoyante nichée au cœur du fleuve Moa en Sierra Leone, vient de rejoindre la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’Unesco. L’annonce a été officialisée le dimanche 13 juillet 2025, lors de la 47e session du Comité du patrimoine mondial. Une victoire pour la biodiversité, mais aussi pour les communautés locales et un homme : Tommy Garnett, défenseur inlassable de la forêt tropicale.
Un sanctuaire vivant de biodiversité
Avec ses 12 kilomètres carrés accessibles uniquement par bateau, l’île de Tiwai abrite un véritable trésor écologique. Elle héberge pas moins de onze espèces de primates, des éléphants de forêt, l’hippopotame pygmée, et le picatharte, un oiseau rare reconnaissable à son crâne dénudé. Sauvée de la guerre civile, du braconnage et de la déforestation, Tiwai se distingue aujourd’hui par la richesse et la résilience de son écosystème.
Ce classement par l’Unesco souligne l’importance du travail de conservation mené depuis des décennies. « C’est une reconnaissance importante pour les communautés qui, malgré les épreuves, ont toujours protégé ce site », a déclaré Jiwoh Abdulai, ministre de l’Environnement. Il rappelle que les premières discussions avec l’Unesco remontent à 2012. Après une décennie d’obstacles, le dossier a abouti grâce à une évaluation de terrain réalisée en 2024.
Tommy Garnett, artisan d’une renaissance écologique
Derrière cette réussite se dresse la silhouette de Tommy Garnett, fondateur de l’ONG Environmental Foundation for Africa (EFA). Depuis 1992, cet écologiste sierra-léonais consacre sa vie à la protection de l’environnement en Afrique de l’Ouest, notamment en Sierra Leone et au Liberia. À Tiwai, il a dirigé la restauration du site après la guerre civile, alors que la nature avait été ravagée et les infrastructures réduites à néant.
« Quand nous avons redécouvert Tiwai en 2000, l’île était un champ de ruines », se souvient-il. « Il fallait tout reconstruire, sensibiliser, convaincre les communautés, trouver des financements. » Grâce à son engagement, Tiwai est devenu à la fois un centre de recherche scientifique, un site d’éducation à l’environnement, et une destination d’écotourisme.
Un modèle d’écotourisme au service des populations locales
Le modèle mis en place par EFA repose sur une collaboration étroite avec les populations riveraines. Celles-ci ont progressivement abandonné certaines pratiques de subsistance néfastes à la forêt, en échange de revenus liés au tourisme responsable. Emplois, formations, soutien à l’agriculture : les retombées profitent directement aux habitants.
La philosophie de Garnett est simple : sans la forêt, il n’y a ni culture, ni identité, ni avenir. « Si la forêt meurt, une partie de nous disparaît avec elle », résume-t-il. Porté par une discipline de vie rigoureuse faite de méditation et de yoga, il mène inlassablement des campagnes de reboisement. Entre 2020 et 2023, son ONG a planté à elle seule plus d’un demi-million d’arbres dans des zones dégradées.
Un espoir pour les autres sites naturels du pays
Avec ce classement, la Sierra Leone espère ouvrir la voie à d’autres candidatures. Bunce Island, le parc national de la péninsule occidentale ou encore les montagnes Loma pourraient suivre. Ce patrimoine naturel méconnu mérite, selon les autorités, d’être enfin mis en valeur sur la scène internationale.
À travers la reconnaissance de Tiwai, c’est toute une vision de la conservation qui est saluée : celle d’un partenariat entre scientifiques, militants, communautés locales et institutions internationales. Une vision portée depuis plus de 30 ans par un homme dont le combat est désormais gravé dans la mémoire du monde.
La Rédaction

