Le Festival International de Carthage (FIC), doyen des manifestations culturelles tunisiennes, ouvre sa 59e édition dans un contexte inédit : sans direction officielle du . La prestigieuse scène de l’amphithéâtre romain s’apprête à accueillir 20 spectacles du 19 juillet au 21 août 2025, sur fond de controverses, d’annulations, et d’absence g de l’Afrique dans la programmation.
Un festival sans capitaine à la barre
Pour la première fois depuis sa création en 1964, le FIC se déroule sans directeur nommé. La programmation, dévoilée lors d’une conférence de presse dans les jardins du site antique, est assurée par un comité d’organisation dont la composition reste confidentielle. Ce fonctionnement collégial, validé par le ministère des Affaires culturelles et déjà appliqué lors des éditions précédentes, est reconduit sous la supervision de Hend Mokrani, directrice générale de l’Établissement national pour la promotion des festivals.
Polémiques en cascade autour de la programmation
L’édition 2025 n’a pas échappé aux polémiques. L’annonce du programme sur les réseaux sociaux a provoqué une vague de réactions, entraînant le retrait de deux affiches et la déprogrammation de deux concerts : celui du Palestinien Marwan Abdelhamid, alias Saint Levant, et celui supposé de la chanteuse française Hélène Ségara.
La présence de cette dernière, accusée par une partie du public de proximité idéologique avec Israël, a été fortement contestée. Si l’artiste affirme n’avoir jamais été engagée, la direction du festival soutient disposer de documents prouvant le contraire. Hend Mokrani a justifié le retrait par « la pression médiatique », tout en réaffirmant le soutien du festival à la cause palestinienne, à laquelle plusieurs soirées sont consacrées.
Une scène largement arabophone, mais sans Afrique
Parmi les 20 spectacles, 8 sont tunisiens et 9 viennent du monde arabe (Liban, Palestine, Égypte, Émirats). Trois artistes internationaux complètent l’affiche, dont Ky-Mani Marley, fils du légendaire Bob Marley, représentant la Jamaïque.
Cependant, l’absence d’artistes issus du continent africain (hors Maghreb) a suscité des critiques. La direction a évoqué le manque de productions « compatibles avec la scène de Carthage », un argument jugé peu convaincant pour un festival se voulant panafricain et international.
Têtes d’affiche et nouvelles créations
Le compositeur tunisien Mohamed Garfi ouvrira le festival avec « Men kaa el khabia », une création musicale ambitieuse, tandis que son fils Shadi Garfi signera « La Nuit des Chefs », réunissant plusieurs artistes autour d’un orchestre dirigé par une cheffe turque.
La scène tunisienne sera aussi représentée par Latifa Arfaoui, Sophia Sadok, Karim Thlibi et le retour très attendu de Riadh Fehri avec « Tapis Rouge 2 », suite de son spectacle emblématique de 2009.
Financement limité, ambitions maintenues
Avec un budget de 3 millions de dinars tunisiens, le FIC doit jongler entre ambitions artistiques et contraintes financières. Hend Mokrani espère compenser les coûts par la billetterie et les partenariats privés. Les ventes en ligne sont ouvertes, et les points physiques ont commencé à distribuer les billets depuis le 11 juillet à la Cité de la Culture et au siège du festival.
Un joyau culturel toujours debout
Malgré les remous, le Festival International de Carthage conserve son aura. Créé il y a 61 ans, dans les Thermes d’Antonin avant de s’installer dans l’amphithéâtre romain de Carthage – site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO – le FIC demeure une plateforme incontournable pour les arts vivants en Méditerranée.
Il reflète les enjeux, tensions et aspirations d’une société tunisienne en constante redéfinition culturelle.
La Rédaction

