En ligne de mire : la CAN 2025 et le Mondial 2030. En coulisses : bidonvilles rasés, marchands évincés, traditions balayées. Casablanca se transforme à marche forcée.
Charrettes tirées par des ânes, ferracha encombrant les trottoirs, chiffonniers sillonnant les rues avec leur carriole… Ces scènes familières appartiennent déjà au passé de Casablanca. Dans sa métamorphose accélérée, la plus grande métropole du Maroc mène une vaste opération de « nettoyage urbain » pour bâtir une vitrine moderne et connectée. Objectif : devenir l’une des vitrines du continent africain à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et de la Coupe du monde 2030.
Une capitale économique en mutation radicale
Classée parmi les six villes hôtes du Mondial que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, Casablanca veut faire peau neuve. L’ambition est claire : devenir un modèle de « smart city » à l’échelle du continent. Un rêve qui s’incarne déjà à travers Casablanca Finance City, symbole de cette mutation, qui accueille plus de 200 entreprises internationales.
Mais derrière cette façade futuriste, c’est tout un tissu social et culturel qui s’efface. Les autorités municipales ont interdit la circulation des charrettes à traction animale, jugées rétrogrades, et mené des opérations musclées contre les vendeurs à la sauvette. Les zones périphériques, où subsistaient encore des bidonvilles, sont peu à peu rasées. Leurs habitants sont relogés dans des cités-dortoirs souvent déconnectées du cœur économique de la ville.
Une modernisation à double tranchant
À trente kilomètres du centre, le chantier du Stade Hassan II, futur plus grand stade du monde avec 115 000 places, incarne cette ambition démesurée. Casablanca rêve d’y accueillir la finale du Mondial 2030. Le projet s’inscrit dans une série de grands travaux : extension du tramway, nouvelles zones résidentielles, sécurisation des centres commerciaux, numérisation des services publics.
Mais ces transformations posent question. La disparition des petits métiers de rue affecte directement les classes populaires. Les vendeurs informels, privés de leur gagne-pain, dénoncent une modernisation qui marginalise au lieu d’inclure. Les experts urbanistes, eux, s’interrogent : une ville peut-elle devenir intelligente en invisibilisant ses habitants les plus précaires ?
Casablanca ou le mirage dubaïote ?
Le parallèle avec Dubaï revient souvent. Casablanca rêve de gratte-ciels, de technologies dernier cri, de tourisme international. Pourtant, le modèle émirati repose sur une économie ultracapitaliste et un encadrement social strict, difficilement transposable à la réalité marocaine. S’il est légitime pour le Maroc de viser l’excellence, la ville blanche risque de sacrifier sa diversité et son histoire sur l’autel du paraître.
Casablanca est à un tournant. Sa quête de modernité, justifiée par de grands événements sportifs, peut être une formidable opportunité de développement. Mais elle ne pourra être qualifiée de « smart » que si elle inclut toutes ses composantes sociales, au lieu de les reléguer aux marges. Une ville connectée, oui. Mais humaine, d’abord.
La Rédaction

