Lors d’une rencontre avec cinq chefs d’État africains, Donald Trump salue l’élocution du président libérien… en oubliant que l’anglais est la langue officielle du Liberia depuis 1847.
Dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, l’atmosphère aurait pu être solennelle. Mais c’est une remarque inattendue de Donald Trump qui a volé la vedette à cette réunion de haut niveau. En accueillant le président libérien Joseph Nyuma Boakai, Trump l’a complimenté sur sa maîtrise de l’anglais, avant de demander, surpris :
« Où avez-vous appris à parler aussi bien l’anglais ? Où avez-vous fait vos études ? »
Si le ton se voulait élogieux, la question a rapidement déclenché un tollé. Car ce que Trump semble ignorer, c’est que le Liberia a été fondé par d’anciens esclaves afro-américains en 1822, qu’il est indépendant depuis 1847… et que l’anglais y est la langue officielle depuis le début.
Une “belle langue”… mal comprise
« C’est un anglais magnifique. J’ai des gens à cette table qui ne parlent pas aussi bien », a insisté Trump. L’intention ? Peut-être flatteuse. Le résultat ? Un embarras diplomatique.
Les critiques n’ont pas tardé : journalistes, historiens et internautes ont pointé une ignorance flagrante des réalités géopolitiques, voire un manque de respect latent. « Trump agit comme si l’Afrique était un bloc inconnu », commente un éditorialiste sud-africain.
Lourd passif, langue commune
Le Liberia n’est pas n’importe quel pays africain. Fondé par la American Colonization Society, le pays a accueilli d’anciens esclaves libérés des États-Unis pour s’installer sur la côte ouest-africaine. Cette histoire partagée avec l’Amérique a laissé des traces : la Constitution libérienne s’inspire du modèle américain, le drapeau est proche, et la langue est l’anglais.
En interrogeant Joseph Boakai sur son anglais, Trump renvoie sans le vouloir à un vieux fantasme colonial, celui d’un continent toujours “en voie d’apprentissage” — alors même que certains pays africains partagent des liens historiques profonds avec les États-Unis.
Commerce, tarifs… et maladresse
La rencontre visait à discuter de la politique « Trade, not aid » (du commerce, pas de l’aide), que Trump continue de défendre. Étaient présents : Bassirou Diomaye Faye (Sénégal), Brice Oligui Nguema (Gabon), Mohamed Ould Ghazouani (Mauritanie), Umaro Sissoco Embaló (Guinée-Bissau), en plus du président libérien.
Tous espèrent obtenir une réduction des droits de douane de 10 % sur leurs exportations vers les États-Unis.
Mais là encore, les enjeux économiques ont été éclipsés par la maladresse verbale du locataire du Bureau ovale.
Une phrase lourde de symbole
Ce n’est pas la première fois que Donald Trump crée la controverse avec l’Afrique. On se souvient de ses propos sur les “pays de merde” en 2018, ou de son étonnement face à la diversité du continent. Cette fois, la gaffe porte un poids symbolique, car elle touche à l’identité même d’un pays fondé dans l’ombre de l’histoire américaine.
Ce qui devait être un sommet diplomatique a tourné à l’incident protocolaire. Une simple phrase, mais lourde de sens, qui rappelle à quel point la diplomatie repose aussi sur la mémoire collective… et la connaissance de l’autre.
La Rédaction

