La justice européenne s’apprête à trancher dans l’un des dossiers les plus sensibles du sport mondial, opposant la Sud-Africaine Caster Semenya à World Athletics.
La Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) rend ce jeudi une décision majeure qui pourrait bouleverser l’architecture juridique des règlements internationaux en matière de sport féminin. En cause : l’obligation faite à certaines athlètes de modifier leur profil hormonal pour pouvoir concourir dans la catégorie féminine.
Double championne olympique du 800 mètres et visage emblématique de cette lutte, Caster Semenya a été écartée des pistes depuis 2019 pour avoir refusé de se soumettre à un traitement destiné à abaisser son taux naturel de testostérone. Atteinte d’une différence du développement sexuel (DSD), Semenya se bat depuis plusieurs années contre les règlements de World Athletics, qu’elle considère comme une discrimination fondée sur des caractéristiques biologiques.
Une décision aux répercussions planétaires
En 2023, un premier jugement de la CEDH avait donné raison à Semenya, estimant que ses droits fondamentaux avaient été violés. La fédération internationale d’athlétisme avait aussitôt contesté cette décision, conduisant à un réexamen par la Grande Chambre. Si la décision initiale est confirmée, elle pourrait non seulement fragiliser les règles en vigueur dans l’athlétisme, mais aussi avoir un effet domino dans d’autres disciplines comme la natation ou la boxe.
Le cas récent de l’Algérienne Imane Khelif, écartée des Jeux olympiques de Paris en raison d’un profil hormonal atypique, montre que ce débat dépasse largement la personne de Semenya.
De la piste au terrain des droits humains
À 34 ans, Caster Semenya ne court plus. Mais son engagement est intact. Pour elle, ce combat n’est plus celui d’une athlète mise à l’écart, mais celui d’une femme qui réclame justice pour toutes celles et ceux que le sport exclut au nom de normes biomédicales contestées. « Ce n’est plus pour moi, mais pour le respect, la dignité et l’équité dans le sport », martèle-t-elle.
L’arrêt attendu ce jeudi pourrait ainsi devenir un jalon historique dans la reconnaissance des droits des personnes intersexes dans le sport de haut niveau.
La Rédaction

