L’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), lancée à Libreville, symbolise la mue politique du président de transition vers une légitimation durable de son régime.
À Libreville, une nouvelle page s’est ouverte dans l’histoire politique du Gabon. Samedi 5 juillet 2025, le président de la transition Brice Oligui Nguema a officiellement fondé son propre parti politique, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB). Moins d’un an après le coup d’État ayant mis fin à plus de cinq décennies de règne de la famille Bongo, cette initiative marque un tournant vers la structuration pérenne de son pouvoir.
Un projet de refondation nationale
La naissance de l’UDB n’est pas présentée comme une manœuvre électoraliste, mais comme le socle d’un renouveau institutionnel. Dans sa charte fondatrice, le parti revendique les valeurs d’inclusivité, de développement et de félicité, et entend « unir, transformer et élever le pays » dans le cadre de la transition engagée depuis août 2023. L’ambition est claire : reconstruire le contrat social gabonais sur des bases nouvelles.
Lors du congrès constitutif tenu au Palais des Sports de Libreville, des milliers de sympathisants ont répondu présent, aux côtés de membres du gouvernement et d’anciens dignitaires du Parti Démocratique Gabonais (PDG), la formation historique tombée en disgrâce. Ce ralliement progressif illustre la recomposition politique en cours.
Une rupture affichée avec l’ancien régime
Dans son discours fondateur, Brice Oligui Nguema a insisté sur la nécessité de rompre avec les pratiques du passé. Il a notamment promis l’instauration de primaires internes pour la désignation des candidats aux élections, soulignant son refus d’un système dominé par les arrangements de sommet ou la fraude électorale. « Le pouvoir doit revenir à la base militante », a-t-il martelé.
Ce positionnement vise à se démarquer de l’héritage du PDG, qui a monopolisé la vie politique gabonaise de 1967 à 2023 sous Omar puis Ali Bongo. En créant l’UDB, Oligui Nguema envoie un signal de changement tout en consolidant une nouvelle majorité présidentielle.
De la transition militaire à la légitimation électorale
Élu en avril 2025 avec près de 95 % des suffrages, Brice Oligui Nguema cherche désormais à ancrer sa présidence dans un cadre politique stable et contrôlé. En dotant son régime d’une structure partisane propre, il transforme la transition militaire engagée il y a près de deux ans en un projet politique durable.
La création de l’UDB préfigure un glissement vers une normalisation institutionnelle, qui pourrait aboutir à des élections pluralistes sous contrôle, tout en assurant la mainmise du nouveau pouvoir. Le paysage politique gabonais entre ainsi dans une phase de reconfiguration, dont les prochaines échéances électorales diront si elle marque réellement une rupture ou une recomposition du statu quo.
La Rédaction

