« Nous ne voulons plus être ignorées. » Derrière cette phrase, une réalité glaçante : celle de plus de quatre millions de Camerounais en situation de handicap, trop souvent absents des radars politiques, sociaux et économiques. À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, ces voix longtemps marginalisées refusent de rester dans l’ombre.
Réunis récemment à Yaoundé, plusieurs représentants de la société civile et des personnes handicapées ont dénoncé les inégalités persistantes qui les frappent. Jean-Pierre Fopa, figure de ce plaidoyer, n’a pas mâché ses mots :
« Près de 75% des jeunes handicapés s’arrêtent avant le collège, seuls 2,1% vont jusqu’à la licence, 0,9% au master. Aujourd’hui, 70% sont sans emploi, 74,3% n’ont reçu aucune formation professionnelle et près de 65% dépendent entièrement d’une autre personne. »
Des statistiques alarmantes qui illustrent une exclusion systémique. Dans les institutions, le constat est tout aussi dur : aucun député handicapé, un seul maire sur 360, 14 conseillers municipaux sur plus de 10 000, un sénateur suppléant sur 100. Une invisibilité qui, pour Dieudonné Tsanga, leader engagé, frôle le déni démocratique :
« Nous représentons une force électorale de plus de 4 millions de citoyens. Aucun candidat sérieux ne peut continuer de nous ignorer. »
Un vote conditionné à l’inclusion
La campagne présidentielle de 2025 pourrait marquer un tournant. Les associations de personnes handicapées l’affirment : elles soutiendront uniquement un projet de société qui les inclut clairement, avec des engagements concrets pour leur autonomie, leur formation, leur emploi et leur représentation politique. Le nom du futur président importe peu, à condition que ses promesses traduisent une volonté réelle d’inclusion.
Pour Thierry Nguetia, chargé des programmes chez Sightsavers, le combat est aussi une question de dignité :
« Nous ne demandons pas la charité, nous exigeons la justice sociale. »
Une cause nationale ?
Si le gouvernement a déjà initié des réformes, les résultats peinent à se concrétiser. Les politiques publiques restent timides face à l’ampleur des défis. L’intégration des personnes handicapées ne peut plus être reléguée à des discours symboliques.
Le Cameroun, à la croisée des chemins, devra choisir entre maintenir le statu quo ou construire une République véritablement inclusive.
La Rédaction

