À Zéglé-Apéyémé, une localité paisible à une vingtaine de kilomètres de Lomé, se dresse une maison qui intrigue et inspire. Ce n’est pas son design moderne qui attire d’abord l’attention, mais les matériaux qui la composent : plus de 600 pneus usagés, du sable, des déchets plastiques, des cartons. Un chantier hors normes, né d’une conviction forte : et si les déchets devenaient des briques d’avenir ?
Construire autrement, bâtir local
L’idée vient de Félix Dzamah, entrepreneur togolais et fondateur de l’entreprise ECOVIE. Pendant quatre ans, il a travaillé à adapter au contexte togolais le concept des Earthships, ces habitations autonomes en matériaux recyclés nées dans le désert du Nouveau-Mexique. À la différence des modèles originaux, cette version togolaise évite les talus massifs et les structures complexes, mais garde l’essentiel : autonomie, sobriété énergétique, et respect du climat local.
La maison de 75 m² repose sur une base de pneus remplis manuellement de sable, empilés pour former trois murs porteurs. Cette méthode réduit considérablement l’usage de ciment et de fer, tout en créant une barrière thermique naturelle contre la chaleur.
Une écoconstruction bioclimatique
Le génie de cette habitation réside dans son autonomie et son ingénierie circulaire. Une tourelle centrale assure une ventilation naturelle continue. Le méthaniseur intégré produit du gaz à partir des déchets organiques. Les eaux grises sont filtrées et réutilisées pour les sanitaires et l’irrigation. Même les eaux usées participent à faire pousser un jardin enrichi en biofertilisant issu du digestat.
Le terrain, volontairement peu bétonné, conserve une part de biodiversité, tandis que la clôture végétalisée agit comme un écran naturel contre les fortes chaleurs. Tout dans cette maison vise à concilier écologie, économie et esthétique.
Un modèle duplicable pour le continent
Au-delà de l’exploit technique, le projet de Félix Dzamah porte un message clair : l’innovation peut naître des contraintes. Dans un pays où la gestion des déchets reste un défi, où l’accès au logement reste limité pour les couches modestes, cette construction prouve qu’un autre urbanisme est possible — durable, local et accessible.
« L’avenir du logement passe par des solutions enracinées dans nos réalités. Le pneu, qu’on brûle à ciel ouvert, devient ici un pilier de résilience », explique le promoteur, convaincu que ce modèle pourrait s’exporter ailleurs au Togo, et bien au-delà.
Et après ?
Alors que les villes africaines se densifient à un rythme vertigineux, l’architecture durable ne peut plus rester une affaire de luxe ou d’expérimentation. Elle doit devenir la norme. Le projet de Zéglé-Apéyémé ouvre une brèche, en mêlant génie populaire, recyclage intelligent et sobriété volontaire.
Il mérite d’être visité, reproduit, et surtout, pris au sérieux dans les politiques publiques du logement.
La Rédaction

