Longtemps considérée comme un simple déchet liquide, l’urine humaine suscite aujourd’hui un intérêt croissant dans les recherches en économie circulaire. Riche en azote, phosphore et potassium, elle pourrait constituer une ressource fertilisante significative dans un contexte de pression sur les engrais industriels et les cycles biogéochimiques mondiaux.
Une ressource biologique aux propriétés fertilisantes établies
Sur le plan chimique, l’urine humaine contient les principaux éléments nécessaires à la croissance des plantes : azote, phosphore et potassium. Ces nutriments, déjà utilisés dans les engrais industriels, sont naturellement excrétés par l’organisme à l’issue du métabolisme alimentaire.
Une fois évacués via les systèmes d’assainissement classiques, ces composés sont en grande partie dilués ou éliminés dans les stations d’épuration, sans retour direct vers les sols agricoles.
Un enjeu de cycle des nutriments à l’échelle des territoires
C’est précisément ce point qui structure les recherches actuelles. Plusieurs programmes scientifiques, dont le projet OCAPI (Organisation des cycles Carbone, Azote et Phosphore dans les territoires), développé en France notamment à l’École nationale des ponts et chaussées, explorent la possibilité de reconnecter les flux urbains et agricoles.
L’objectif n’est pas seulement technique, mais systémique : il s’agit de repenser la circulation des nutriments à l’échelle des territoires, dans une logique de boucle fermée.
Des dispositifs de collecte encore expérimentaux
Dans ce cadre, différentes solutions sont testées : urinoirs séparatifs, systèmes de collecte dédiés ou encore dispositifs intégrés dans des infrastructures urbaines.
Ces approches visent à isoler l’urine à la source afin de préserver ses propriétés fertilisantes et d’éviter sa dilution dans les eaux usées, ce qui complique ensuite sa valorisation.
Les travaux menés dans des laboratoires spécialisés en systèmes urbains et environnementaux s’inscrivent dans cette dynamique de recherche appliquée.
Une alternative partielle aux engrais industriels
L’intérêt de cette ressource s’inscrit également dans un contexte plus large : celui de la dépendance mondiale aux engrais de synthèse, notamment ceux issus du procédé Haber-Bosch pour l’azote, fortement consommateur d’énergie.
Le phosphore, quant à lui, provient de ressources minières limitées, concentrées dans quelques régions du monde, ce qui soulève des enjeux de dépendance géopolitique à long terme.
Dans ce cadre, l’urine apparaît comme une source locale et renouvelable de nutriments, potentiellement mobilisable à grande échelle.
Des contraintes techniques, sanitaires et sociales
Malgré son potentiel, la valorisation agricole de l’urine humaine reste encadrée par plusieurs limites.
Sur le plan sanitaire, un traitement est nécessaire pour réduire les risques liés à certains pathogènes ou résidus médicamenteux. Sur le plan technique, la mise en place de chaînes de collecte séparées suppose des infrastructures spécifiques.
Enfin, la perception sociale demeure un facteur déterminant : l’acceptabilité de ce type de pratiques reste variable selon les contextes culturels.
Une logique d’économie circulaire en construction
Les chercheurs s’accordent sur un point central : l’intérêt de l’urine ne réside pas dans son utilisation directe, mais dans son intégration à une stratégie plus large de gestion circulaire des nutriments.
Il s’agit moins de remplacer les engrais existants que de réduire les pertes de ressources et de réintégrer une partie des flux biologiques dans les systèmes agricoles.
La Rédaction
Source
Programme OCAPI (École nationale des ponts et chaussées), projets de recherche en systèmes urbains et environnementaux (France), littérature scientifique sur les cycles de l’azote, du phosphore et du carbone.

