Luxe discret, fortunes cachées et silence radio : six mois après sa chute, Bachar al-Assad s’efface… sans rien perdre de ses milliards.
Depuis le 8 décembre 2024, Bachar al-Assad n’est plus qu’un ancien président en fuite. Chassé du pouvoir par les islamistes du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l’ex-dictateur syrien a trouvé refuge à Moscou, loin de la Syrie qu’il a gouvernée d’une main de fer pendant vingt-quatre ans.
Aujourd’hui, il vit reclus, protégé, invisible — mais toujours immensément riche.
Un gratte-ciel, des rideaux tirés… et une fortune à l’abri
C’est dans les hauteurs de la Ville des Capitales, un quartier d’affaires luxueux de Moscou, que le clan Assad aurait posé ses valises. Vue sur la Moskova, voisinage d’oligarques, technologies dernier cri et mobilier ultra-haut de gamme : tout indique une résidence à plusieurs millions de dollars. Officiellement, aucune confirmation. Officieusement, les services russes veillent au silence.
Une journaliste locale confirme à demi-mot : « Il y a des appartements à leur nom dans le quartier. Mais personne ne les voit, personne ne parle. »
D’autres sources évoquent Roublevka, la banlieue chic surnommée le “Beverly Hills russe”, où les millionnaires se cachent dans d’immenses villas.
Deux tonnes de billets convoyées depuis Damas
Pour préparer cet exil doré, les Assad n’ont pas lésiné sur les moyens. Entre 2018 et 2019, un pont aérien aurait permis de transporter discrètement quelque 250 millions de dollars en petites coupures vers la Russie. Deux tonnes de billets de 100 et 500 dollars.
Selon le département d’État américain, leur fortune dépasserait les 2 milliards de dollars, issus pour l’essentiel d’activités illégales : contrebande, trafic de drogue, commerce d’armes ou extorsion. Asma al-Assad, épouse de Bachar, soignerait aujourd’hui sa leucémie grâce à ces fonds.
Six mois de silence absolu
Depuis sa fuite, Assad n’est jamais apparu publiquement. La seule trace officielle remonte au 16 décembre, lorsqu’il a affirmé dans un message que son départ n’était “ni prévu, ni précipité”, mais exigé par Moscou. Depuis ? Plus rien.
Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie, avance une explication : « Poutine le garde à l’œil. Il est à la fois protégé et surveillé, probablement sous surveillance constante. » Dans un Moscou visé régulièrement par des drones ukrainiens, Assad serait “assigné à résidence”, bien qu’aucune source ne l’affirme ouvertement.
Pendant ce temps, son pays efface son nom
Le nouveau président syrien, Ahmed al-Charaa, a tourné la page : palais détruit, tombeau familial saccagé, procès en préparation. Des massacres ciblant les Alaouites, la minorité religieuse d’Assad, ont secoué le pays. Mais lui observe cela depuis son balcon moscovite, en silence.
Le chercheur Eyad Hamid en est convaincu : « Cet homme croit toujours qu’il est la Syrie. Il regarde de loin, persuadé qu’il pourra revenir. »
Une famille discrète, mais pas totalement invisible
Son fils Hafez, 24 ans, reste actif sur les réseaux sociaux. Une vidéo le montre en balade près du Kremlin le 12 février. Quatre jours plus tard, il poste une photo devant l’université Lomonossov, où il aurait soutenu sa thèse en mathématiques juste avant la chute du régime. Depuis, lui aussi se tait.
Ribal al-Assad, cousin de Bachar exilé à Londres, tranche : « Il est trop tard pour des excuses. Rien ne pourra réparer ce qu’ils ont fait. »
Un hôte embarrassant pour Poutine
Le Kremlin n’a jamais confirmé la présence de Bachar al-Assad. En décembre, Vladimir Poutine avait promis de lui parler. Rien n’a filtré depuis.
Pourquoi l’avoir accueilli ? Par intérêt. « Poutine déteste les perdants, mais le garder en vie, c’est envoyer un message à ses alliés : si vous tombez, la Russie vous protégera », explique Fabrice Balanche.
Mais même à Moscou, le dictateur pourrait ne pas se sentir en sécurité. Des ONG, des militants et des familles de victimes promettent de le traquer jusqu’à ce qu’il rende des comptes.
La justice internationale, elle, attend. Et Damas réclame déjà son extradition. Pour le moment, Moscou garde le silence.
Le 11 septembre prochain, Bachar al-Assad fêtera ses 60 ans. En homme libre. Mais pour combien de temps encore ?
La Rédaction

