Le luxe d’une principauté sans loi, ou presque, s’effondre sous les révélations d’un homme de l’ombre.
Monaco n’est plus ce paradis discret qui dictait ses règles sans rendre de comptes. Depuis février 2025, le scandale surnommé Monacogate ébranle les fondations du Rocher. Ce vendredi 6 juin, les révélations explosives de Claude Palmero, ancien gestionnaire du patrimoine privé du prince Albert II, plongent le palais princier dans une tourmente judiciaire sans précédent. Le malaise dépasse désormais les frontières : Monaco est aujourd’hui placé sur la liste noire européenne des juridictions à haut risque pour le blanchiment d’argent.
“Pas de traces, pas de comptes”
Dans une déposition rendue publique par Le Monde, Claude Palmero décrit un système organisé autour du silence, de la discrétion absolue, et d’un refus méthodique de toute transparence. « Son Altesse Sérénissime voulait qu’il y ait le moins de traces écrites possible, et que son patrimoine soit opaque », confie-t-il aux enquêteurs. Accusé à son tour d’avoir transféré plus de 7 millions d’euros vers la Suisse, Palmero affirme avoir été « piégé par le système » qu’il servait depuis deux décennies.
Ce témoignage intervient après une série de documents internes fuités qui font état d’investissements offshore, de dons douteux et d’une confusion entre argent public et fortune personnelle du souverain. À la tête de cette mécanique : un prince présenté comme informé, actif, mais protégé par l’opacité institutionnelle de la principauté.
Bruxelles dégaine la liste noire
Le 3 juin, la Commission européenne a acté l’inscription de Monaco sur sa liste noire des pays exposés aux circuits financiers illicites. Un choc diplomatique et financier : pour la première fois, l’Union européenne classe un État membre du Conseil de l’Europe aux côtés de la Birmanie, de l’Iran ou du Zimbabwe en matière de blanchiment.
Cette décision fait suite à une mise en garde du Groupe d’action financière (GAFI), qui avait déjà pointé en 2024 l’inefficacité du contrôle judiciaire à Monaco et l’absence de sanctions contre les circuits opaques. Le rapport 2025 de la Commission est accablant : pas d’indépendance du parquet, collusion entre conseillers du prince et notables financiers, et une culture généralisée du “non-écrit”.
Une visite d’État fragilisée
Emmanuel Macron est attendu demain, samedi 7 juin, pour une visite d’État officielle à Monaco, la première d’un président français depuis François Mitterrand en 1984. Un déplacement qui devait célébrer les liens d’exception entre Paris et le Rocher, mais qui pourrait désormais tourner à la clarification diplomatique. Plusieurs ONG, ainsi que des députés européens, demandent au chef de l’État d’annuler la visite ou de conditionner les accords fiscaux bilatéraux à des réformes institutionnelles profondes.
Un prince silencieux, un État en crise
Le prince Albert II ne s’est pas exprimé depuis l’ouverture des procédures visant son ex-collaborateur. Le Palais n’a publié qu’un bref communiqué parlant de “rumeurs sans fondement”. Mais les dégâts sont là : une réputation écornée, des institutions montrées du doigt, et une monarchie discrète propulsée au centre des tensions diplomatiques.
Certains observateurs y voient l’écho d’un précédent : l’affaire Bouvier-Rybolovlev, qui avait déjà secoué la justice monégasque en 2015. Mais cette fois, le cœur du scandale n’est plus un oligarque étranger : c’est le prince lui-même.
Enjeux
• Finance : les banques monégasques sont désormais exposées à des restrictions et surveillances renforcées. Plusieurs établissements pourraient perdre leurs passeports européens.
• Justice : la pression s’accentue pour réformer le statut du procureur général, nommé directement par le prince, sans contre-pouvoir.
• Diplomatie : la visite d’État de Macron pourrait devenir un test de la capacité française à défendre la transparence chez ses alliés.
La Principauté dans l’œil du cyclone
De symbole du raffinement à symbole du soupçon : en quelques mois, Monaco est devenu l’illustration parfaite des risques liés aux États où le pouvoir judiciaire est lié au pouvoir politique. Si le Monacogate continue de s’étendre, c’est toute la légitimité du modèle princier qui pourrait être remise en question. L’histoire retiendra peut-être ce mois de juin 2025 comme le début de la fin d’une ère.
La Rédaction

