Pour la première fois dans l’histoire contemporaine du Maroc, l’Aïd el-Kebir – aussi appelée Tabaski – se célèbre sans le traditionnel sacrifice du mouton. Ce vendredi 6 juin, sur appel direct du roi Mohammed VI, les Marocains sont invités à s’abstenir d’égorger l’animal rituel afin de préserver un cheptel national affaibli.
Un appel royal face à une crise silencieuse
Depuis 2016, le cheptel marocain a perdu plus d’un tiers de ses effectifs. La sécheresse persistante, conjuguée à l’inflation du prix des aliments pour bétail, a fragilisé l’ensemble du secteur de l’élevage. Face à cette situation, le roi a tranché : il faut renoncer au sacrifice, acte central de la fête, pour éviter une aggravation durable.
Marchés au ralenti et résistances discrètes
Au marché central, le contraste est frappant. Là où les allées étaient habituellement bondées, les étals sont clairsemés. Les boucheries tournent au ralenti. « Certains ont égorgé avant l’Aïd, d’autres essaient de contourner », confie un boucher dépité. Plusieurs tentatives ont d’ailleurs été signalées dans la presse locale : saisies de moutons, interceptions de camions, fermetures de marchés à bestiaux.
Des réactions mitigées, mais une solidarité nouvelle
Malgré la frustration de certains, nombreux sont ceux qui saluent l’initiative royale. Mohamed, serveur dans un petit restaurant, partage une vision solidaire : « On va acheter quelques morceaux de viande et passer la fête ensemble. Le roi a bien fait. Au moins, cette fois, les riches et les pauvres seront sur un pied d’égalité. »
Cette année, la fête prend une autre tournure, plus sociale, plus sobre. On se rend à la prière, on retrouve ses proches, sans nécessairement passer par le rite sacrificiel. Une manière de revenir à l’essentiel de l’Aïd : le partage et la communauté.
Un tournant culturel ?
La décision du souverain pourrait marquer un tournant dans la perception religieuse et sociale de l’Aïd el-Kebir au Maroc. En appelant à l’adaptation des pratiques aux réalités environnementales et économiques, Mohammed VI esquisse peut-être une nouvelle voie : celle d’un islam conscient, ancré dans le contexte, et non figé dans la lettre.
La Rédaction

